La théorie de l’évolution de Darwin, la sensation du XIXe siècle ?

Avant les années 1870, la sciencs belges était encore trop influencée par la France où la théorie de Darwin restait peu développée. En outre la jeune Belgique préconisait un nationalisme dans le monde des sciences qui s’orientait sur l’épanouissement du pays et qui ne s’occupait pas d’hypothèses spéculatives, telles que celle de l’évolution. Après 1870 par contre, la Belgique s’oriente vers l’Allemagne où Darwin fut dès le début sujet de débat. La science de l’évolution sera finalement intégrée dans les programmes de biologie. L’Académie royale de Bruxelles perdra son rôle majeur en tant que lieu de groupe d’experts au moment où selon l’exemple allemand les universités créeront leurs centres de recherches.
L’université de Liège a pu ainsi créer un laboratoire en 1873. L’école liégeoise évolutionnaire morphologique a su se maintenir durant tout un temps sous la direction d’Edouard Van Beneden avec un programme de recherche précis et a su également ’coloniser’ diverses chaires d’enseignement, mais avec le temps l’ambition dans la recherche de reconstructions généalogiques des formes de vie s’estompera.
Durant la décennie de 1890 elle perdra de son dynamisme et un ’groupe Bruxellois’ de scientifiques évolutionnistes prendra le relais.

Pierre-Joseph VAN BENEDEN & Paul GERVAIS, Ostéographie des cétacés vivants et fossiles, comprenant la description et l’iconographie du squelette et du système dentaire de ces animaux, Paris : A. Bertrand, 1868-1880, LXIV + 634 p.

Réserve Précieuse, II 36.137 D

Pierre-Joseph Van Beneden (1809-1894) était un professeur à l’université de Louvain, profondément catholique et se situe au point de vue scientifique entre les idées de d’Omalius d’Halloy et celles de son propre fils Edouard Van Beneden, qui était un fervent darwiniste et qui enseigna à l’université de Liège. Il faudra attendre les années 1880 pour voir P.-J. Van Beneden adopter un transformisme ’modéré’ : il évolue d’une vision du monde harmonieuse basée sur l’ordre et l’immuabilité dans la Nature vers un point de vue plus évolutionniste.
Il est intéressant de noter que sa fondation de la station maritime à Ostende en 1843 sera dirigée ensuite par son fils : auparavant on étudiait peu les animaux marins. Cette belle publication illustre bien sa recherche en paléontologie et l’identification de formes intermédiaires chez les cétacés.

Edouard VAN BENEDEN, ‘La biologie et l’histoire naturelle’, in Bulletins de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 1883, 3e série, vol. 6, p. 869.

Salle de travail, ST 86

Edouard Van Beneden (1846-1910) était le fils du très renommé professeur louvaniste Pierre-Joseph. Père et fils ont été longtemps vus comme étant des antipodes, mais cet antagonisme doit être nuancé. Edouard fut dès les années 1870 un embryologiste et cytologiste brillant à l’université de Liège où il enseigna pendant quarante ans l’ ‘embryologie évolutionniste’. Selon Raf De Bont, il fut ‘ probablement l’évolutionniste le plus influent que la science belge ait produit’. Il était réputé à cause de ses découvertes en ce qui concerne la fécondation et l’étude de différents chromosomes dans les cellules (embryonnaires). Il constata entre autres qu’au stade de la fécondation, la moitié du noyau masculin se fond dans celui du féminin (le sperme avec l’ovule) et chacun apporte la moitié des chromosomes. La stabilité du nombre des chromosomes détermine d’ailleurs l’espèce.

Edouard Van Beneden était fasciné par les théories de Lamarck et de Darwin : ainsi il aurait félicité ce dernier à sa désignation comme membre à l’Académie royale de Belgique en 1870. Le buste de Darwin prendra une place de choix à l’Institut de Zoologie qui venait d’être érigé (1888) que l’on surnomme également en néerlandais ‘het beestenpaleis’.

Il était fortement influencé par le Prof. Haeckel de l’université de Jena en Allemagne, un pays où venaient de se créer de nouveaux laboratoires et où la microscopie avait connu un grand développement. Van Beneden Jr. était également fasciné par l’évolution des vertébrés et donc des humains.

Jean Massart et Léo Errera appartiennent au groupe de scientifiques qui à Bruxelles ont étudié la science de l’évolution. Comparée à l’ ‘école’ d’Edouard Van Beneden, celle de Bruxelles ne s’identifie pas seulement à une institution et elle est également moins homogène que celle de Liège.
Il n’y avait pas à Bruxelles un maître, mais au contraire, ce groupe formait dans la capitale un réseau intellectuel soudé qui avait pour dessein de réorienter les biologistes belges vers la théorie de l’évolution. Pour eux cette théorie était un sujet d’étude en soi, là où Van Beneden Jr. ne l’employait que comme un instrument afin de poursuivre des recherches sur l’embryon. Point de référence actif dans l’establishment scientifique,le groupe de Bruxelles l’était également dans le monde de la vulgarisation de la théorie de l’évolution.
Un instrument important pour la propagation de la science de l’évolution dans les couches populaires fut ’ l’Extension de l’Université de Bruxelles’, une revue fortement influencée par ce qui se passait en Angleterre. Membres de cette extension, Massart, Errera et les autres parcouraient le pays avec des exposés de vulgarisation sur les problèmes actuels en biologie.

Jean MASSART, ’L’évolution et ses facteurs (six leçons accompagnées de projections)’, in Extension de l’université libre de Bruxelles, Bruxelles, X(1906)9, 28 p. + ill.

Département des Imprimés B 7.510

Dès 1890, Jean Massart (1865-1925) travaille à réorienter la biologie en y intégrant des éléments d’éthologie. L’éthologie est cette science qui étudie l’influence du milieu sur l’humain. Il était convaincu de l’importance de la science expérimentale, celle qui se pratique dans le laboratoire, mais il désirait aussi recentrer les orientations scientifiques modernes sur des conceptions plus globales de la Nature. Massart voulait donc des laboratoires sur le terrain (c.a.d. des laboratoires mobiles). Ainsi l’éthologie ne saura jamais institutionnalisée, mais restera au stade de point de vue, de perspective provisoire.

Massart ne défendait pas seulement l’observation scientifique en pleine nature, mais il voulait également défendre la Nature. L’argument convaincant se trouvait d’après lui chez Darwin : la théorie biologique la plus radicale du XIXe siècle, c’est à dire celle de Darwin, était en effet le résultat d’une observation directe d’ une nature sauvage.

Grâce à l’article sur ‘l ’évolution et ses facteurs’ Massart entendait véhiculer les résultats d’observations et expériences de plusieurs années faits par différents biologistes et botanistes vers le grand public afin d’expliquer le problème de l’évolution des êtres vivants. Il mentionne également que tous les biologistes acceptent que les races actuelles soient le résultat d’une évolution de races antérieures et qui à leur tour dérivent de formes ancestrales, et qu’en remontant ainsi, l’on puisse revenir à l’apparition de la vie sur Terre.

[1S.F. HARMER, archiviste/conservateur département de zoologie, British Museum (Natural History), Memorials of Charles Darwin, in British Museum (Natural History), Special guide, N° 4, London, 1909.

[2Il s’agit probablement de la lettre du 5 septembre 1857, Vie et correspondance de Charles Darwin, p. 625-633.

[3’Darwin, Charles Robert’, Elsevier Encyclopedie, vol. 7.

[4The Times du 21 avril 1882, p. 5.

[5The Times du 21 avril 1882, p.5.

[6VAN DYCK (Marie-Claire) & LAMBERT (Dominique), L’Université de Louvain et le Saint-Office, dans Louvain, nr. 177, 2009.

[7 http://www.cofe.anglican.org/darwin... : “Good religion needs good science.”



















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