La théorie de l’évolution de Darwin, la sensation du XIXe siècle ?

Le Darwinisme et sa vulgarisation en Belgique et Angleterre au XIXe siècle

Généralement le débat sur la théorie de l’évolution dans les milieux des sciences belges se développa tardivement. Ceux qui étaient nés avant 1840 ne furent pas de grands défenseurs du Darwinisme, mais plutôt des continuateurs des théories plus anciennes sur l’évolution : pensons à d’Omalius d’Halloy qui fut l’élève de Lamarck. Voici ce qui différencie la Belgique de l’Angleterre, l’Allemagne et les Pays-Bas où les initiateurs les plus importants de la théorie de l’évolution appartenaient à la génération des savants nés entre 1800 et 1840.

Jean-Baptiste d’Omalius d’Halloy, Eléments de géologie, Paris : F.G. Levrault, 1831, 559 p.

Département des Imprimés, II 27.336 A

Dans sa troisième édition de l’ Origin of Species de 1861, Darwin écrivit une esquisse historique en hommage aux naturalistes qui avaient développé des idées semblables aux siennes. Ces derniers défendaient déjà l’idée que les espèces évoluent et que les formes de vie actuelle se forment à partir de formes de vies plus anciennes. Il cite entre autre d’Omalius d’Halloy.

D’Omalius d’Halloy (1783-1875) fut un des pionniers de la géologie moderne et il avait déjà, une décennie avant la parution de l’Origin of Species, défendu le transformisme publiquement dans ses Eléments de géologie (1831). Avec ce traité, d’Omalius d’Halloy voulait formuler une alternative au catastrophisme c.à.d. une théorie qui tentait d’expliquer les disparitions fréquentes de la vie sur terre par des grands changements géologiques, des catastrophes à l’échelle mondiale qui interrompaient des longues périodes de stabilité. Les modifications qui se produisaient à l’échelle du temps géologique, comme le refroidissement de la terre et le changement de la composition des gaz dans l’atmosphère, modifient selon l’auteur la forme des êtres vivants.

Les scientifiques nés entre 1845 et 1865 formaient une génération de chercheurs enthousiastes à qui on avait inculqué dès leur plus tendre enfance la théorie de l’évolution. Pensons aux membres fondateurs de la société d’anthropologie de Bruxelles, le groupement marquant de biologistes évolutionnistes de Bruxelles (voir infra), les défenseurs catholiques de la théorie de l’évolution (Proost, de Dorlodot, Grégoir Victor, etc.) ainsi que les spiritualistes libéraux.

HENRY de DORLODOT, Le Darwinisme au point de vue de l’orthodoxie catholique, vol. 1, l’origine des espèces. Bruxelles et Paris : Vroman & co., 1921, 193 p.

Département des Imprimés, R 3.395

En 1909, le chanoine Henry de Dorlodot (1855-1929) fut délégué par l’Université Catholique de Louvain à une conférence à Londres pour fêter le cinquantenaire de la parution de l’Origin of Species par Darwin. De Dorlodot était géologue et paléontologue sur l’invitation de l’Université de Cambridge. Cette décision a été fortement critiquée par des catholiques belges. L’Université de Louvain avait donc une approche plus ouverte, d’autant plus que certains théologiens défendaient le transformisme. A Louvain, De Dorlodot donna une séries de conférences sur le darwinisme au point de vue de l’Eglise Catholique afin de prouver qu’il n’y avait pas de contradictions entre le Darwinisme et l’orthodoxie de l’Eglise. Cette initiative eut un tel succès dès la première conférence que le recteur Ladeuze décida de publier le texte. Bien que ce discours soit fidèle aux décrets de la Commission Biblique de Rome, l’interprétation ‘louvaniste’ fut mise en cause par le président de cette Commission. Grâce à l’intervention du recteur Ladeuze, de Dorlodot échappera à une condamnation - Pie XI ne l’a jamais sanctionné - et son livre ne fut pas retiré des librairies. Mais en fin de compte ; le recteur n’apposera pas son ’imprimatur’ à la publication du discours pour la seconde conférence qui devait traiter de l’évolution de l’homme. [6]
De Dorlodot écrira lui-même avoir être très honoré que la délégation de l’Université catholique de Louvain ait été admise à Cambridge, tandis qu’en Belgique tant de critiques étaient émises quant à cette mission. ’Le conseil rectoral me faisait l’honneur de me choisir pour représenter l’université à ces festivités scientifiques.[…] L’hommage rendu par le premier corps savant du monde catholique au fondateur du Darwinisme fut hautement apprécié en Angleterre. [...] les applaudissement redoublèrent, lorsque le maître des cérémonies, enflant la voix, appela : ‘The delegate of the Catholic University of Louvain’. L’élite des catholiques anglais partagea ce sentiment. […] la plus haute autorité catholique de l’Angleterre fit voir de quel œil favorable elle envisageait l’honneur que notre Université avait jugé devoir rendre à la mémoire du grand naturaliste anglais et à son œuvre.

En Belgique cependant, cette démarche a causé certains étonnements, et même soulevé des critiques. J’ai pensé qu’ayant été chargé, en cette occasion, de représenter l’Université, j’avais quelque qualité pour établir, devant le corps professoral, que notre Université catholique n’a pas forfait, en cette circonstance, à l’honneur de son nom : c’est ce qui m’a décidé à vous entretenir du ‘Darwinisme considéré au point de vue de l’orthodoxie catholique’.

[1S.F. HARMER, archiviste/conservateur département de zoologie, British Museum (Natural History), Memorials of Charles Darwin, in British Museum (Natural History), Special guide, N° 4, London, 1909.

[2Il s’agit probablement de la lettre du 5 septembre 1857, Vie et correspondance de Charles Darwin, p. 625-633.

[3’Darwin, Charles Robert’, Elsevier Encyclopedie, vol. 7.

[4The Times du 21 avril 1882, p. 5.

[5The Times du 21 avril 1882, p.5.

[6VAN DYCK (Marie-Claire) & LAMBERT (Dominique), L’Université de Louvain et le Saint-Office, dans Louvain, nr. 177, 2009.

[7 http://www.cofe.anglican.org/darwin... : “Good religion needs good science.”



















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