La théorie de l’évolution de Darwin, la sensation du XIXe siècle ?

REACTION DE L’EGLISE au XIXe SIECLE

L’Église catholique

Les réactions de l’Église catholique aux propositions de Darwin furent très prudentes. Sans jamais
condamner le darwinisme, l’Église catholique ne mit pas non plus l’ouvrage On the Origin of Species
à l’Index. Elle fut toutefois très critique dès la fin du XIXe et au début de XXe siècle. Certains savants
catholiques se montrèrent intéressés par cette théorie. Dans la mesure où la position unique de
l’homme n’était pas menacée, ils acceptèrent l’évolutionnisme et collaborèrent à l’explication du
mécanisme de sélection.

Léo ERRERA, ‘A propos de l’Eglise et de la Science’, in Bibliothèque de propagande, 9(1911), p. 13-24.

Département des Imprimés, R 1.553

Selon l’éditeur de la Bibliothèque de propagande, la publication de l’exposé de Léo Errera – un
exposé paru antérieurement dans la Revue de l’Université de Bruxelles (1898) – est bien adaptée au
moment où la Belgique tente de se défendre des influences ‘néfastes’ du clergé dans l’enseignement
officiel. Errera répond ainsi aux ‘attaques’ du père jésuite G. Hahn, qui avait critiqué son exposé
concernant ‘la force vitale’, présenté à l’Université Libre de Bruxelles. D’après Errera, Hahn
appartient au monde des ‘semi-émancipés’, qui sont tiraillés entre la foi et les sciences.

Pierre TEILHARD DE CHARDIN, ‘Le Christ évoluteur’, in Cahiers de la fondation Teilhard de Chardin, Paris, vol. V, 1965, p. 17-27.

Département des Imprimés, VI 66.995 A

Sous l’influence du jésuite Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955), paléontologue, géologue et
philosophe, la position de l’Église va se modifier progressivement durant la seconde moitié du
XXe siècle. Ce penseur catholique est parmi les plus engagés dans la discussion sur la doctrine de
l’évolution. Il essaie de réunir la foi et la science : Dieu a créé l’homme et celui-ci a ensuite péché.
Depuis lors, l’humanité chemine et progresse, suivant un long chemin qui débouchera sur le retour du
Christ et le Jugement dernier, ce que Pierre Teilhard nomme ‘le point oméga’.

Selon Patrick Tort, un des grands spécialistes de l’histoire des sciences humaines et biologiques, ‘le
problème de la relation de Teilhard de Chardin à l’Église catholique doit être éclairci, car il a souvent
été mal compris’. Teilhard de Chardin est parti en Chine sur l’ordre de ses supérieurs, après avoir été
chassé de l’Institut catholique de Paris. Il avait reçu l’autorisation d’écrire sur le domaine de la
paléontologie, mais on lui interdisait de publier dans le secteur de la théologie. Contrairement à ce qui
a souvent été écrit, il n’a jamais été condamné par le Vatican, bien que les instances supérieures
maintenaient leur position favorable à une interprétation littérale de la Bible. La plupart des
publications de Teilhard de Chardin furent publiées de manière posthume.

L’intégration de la doctrine de l’évolution dans la conception chrétienne de l’histoire du salut a
d’abord été condamnée par le Vatican, mais elle fut ensuite acceptée progressivement à partir de la
publication de l’encyclique Humani Generis (1950). Dans ce document, le pape Pie XII accepte que
l’on puisse enquêter et débattre de l’origine du corps humain ‘à partir d’une matière déjà existante
et vivante’. L’Église catholique accepte l’évolution comme explication scientifique de l’origine de la
vie humaine.

En 1996, devant l’Académie Pontificale des Sciences, le pape Jean-Paul II accepte que la théorie de
Darwin soit plus qu’une simple hypothèse. Il n’y a pas d’objection à expliquer l’origine humaine selon
le point de vue évolutionniste, du moment que l’on préserve la dimension de transcendance
spécifique à l’être humain. Ces paroles seront affinées et nuancées en 2007 par le pape Benoît XVI
dans l’encyclique Création et Évolution, par laquelle il marque les limites de la science dans
l’explication de l’origine de la vie.
Mgr Ravasi, président du Conseil Pontifical pour la Culture, a déclaré plus récemment qu’a priori il
n’y a pas de contradiction entre Darwin et la Bible. Afin de conforter ces dires, il a organisé en 2009
un colloque à l’Université Grégorienne de Rome où des scientifiques, des théologiens et des
philosophes se sont rassemblés autour des problèmes posés par le darwinisme.

Church of England

L’Église d’Angleterre n’a pas adopté de position officielle en ce qui
concerne la théorie de Darwin. Au XIXe siècle beaucoup d’Anglicans
étaient opposés à ses idées. Lors du congrès de la British Association for
the Advancement of Sciences à Oxford en 1860, l’évêque d’Oxford Samuel
Wilberforce a demandé ironiquement à Thomas Huxley, le représentant de
Darwin alors absent pour cause de maladie, ’’whether it was through his
grandfather or his grandmother that he claimed to be descended from a
monkey’’
. Cette histoire, qui a peut-être été partiellement voire totalement
inventée, montre que les adeptes du darwinisme avaient bien l’impression
que le clergé anglican n’acceptait pas leurs points de vue. En réalité,
l’Église anglicane avait choisi une position d’attente.

Aujourd’hui, le Dr. Malcolm Brown, directeur du département de la Mission et des Affaires publiques
de l’Église anglicane, a exprimé ses excuses :
“Charles Darwin : 200 years from your birth, the Church of England owes you an apology for
misunderstanding you and, by getting our first reaction wrong, encouraging others to misunderstand
you still. We try to practice the old virtues of ’faith seeking understanding’ and hope that makes some
amends. But the struggle for your reputation is not over yet, and the problem is not just your religious
opponents but those who falsely claim you in support of their own interests. Good religion needs to
work constructively with good science – and I dare to suggest that the opposite may be true as well
.” [7]

[1S.F. HARMER, archiviste/conservateur département de zoologie, British Museum (Natural History), Memorials of Charles Darwin, in British Museum (Natural History), Special guide, N° 4, London, 1909.

[2Il s’agit probablement de la lettre du 5 septembre 1857, Vie et correspondance de Charles Darwin, p. 625-633.

[3’Darwin, Charles Robert’, Elsevier Encyclopedie, vol. 7.

[4The Times du 21 avril 1882, p. 5.

[5The Times du 21 avril 1882, p.5.

[6VAN DYCK (Marie-Claire) & LAMBERT (Dominique), L’Université de Louvain et le Saint-Office, dans Louvain, nr. 177, 2009.

[7 http://www.cofe.anglican.org/darwin... : “Good religion needs good science.”



















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