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Analyse des notes de Diderot

  1. Les observations dispersées dans le Voyage, peuvent être facilement regroupées selon les règles de la littérature thermale actuelle : même souci de dresser l’historique des cures, généralement rattachées au génie des Romains, même nécessité de donner les caractéristiques chimiques et physiques de l’eau des sources ; même effort pour situer le pouvoir thérapeutique et d’enjoliver au maximum les conditions de la cure. Sous cet aspect, les notes de Diderot sont pleinement actuelles. Les constatations scientifiques sont, dans leur ensemble, exactes : la transposition de la nomenclature chimique ancienne en notre propre terminologie - sans erreur ni contradiction - montre le soin avec lequel ont travaillé les premiers analystes. Quelques critiques ont été formulées sur certaines notes de Diderot par Troisgros, dans sa propre édition du Voyage. Elles ne changent rien à ce que, essentiellement, le médecin peut aujourd’hui en dégager.
  2. Diderot n’accorde aux eaux de Bourbonne aucune autre activité thérapeutique que celle qui découle de leur composition et de leur température. Aucun appel à un « indéterminé thermal » qui, hélas ! fut cher aux médecins des villes d’eaux de début de ce siècle, aucune référence à une intervention plus ou moins mystérieuse qui résulterait du caractère « naturel » des eaux, de la « bona Natura medicatrix » des Anciens ; la cure est non seulement laïcisée par Diderot, mais encore, à ses yeux, elle doit devenir objet d’expérimentation : pourquoi se limiter aux formes classiques d’administration ? Que donneraient des inhalations de vapeur ? Pourquoi ne pas tenter de modifier la composition des eaux en les enrichissant en d’autres principes ?
    Parce que l’on devrait accorder au génie de l’homme ce que l’on attribue au merveilleux de la « Nature ». Cette attitude que Diderot prête à ses contemporains, nous la retrouvons dans l’irrationalisme de certains des nôtres qui ne prennent médecine que « naturelle ».
  3. D’ailleurs - et Diderot y insiste -, les eaux de Bourbonne n’ont, pas plus que les autres sources thermales, d’origine extraordinaire. Elles sont le résultat de phénomènes géologiques parfaitement explicables, par le volcanisme notamment. Utilisons-les pour ce qu’elles sont et non pour ce que l’on croit qu’elles puissent être. La « nature » n’est pas un principe explicatif. Attitude combien actuelle de Diderot !
  4. Mais que guérissent précisément les eaux de Bourbonne ? Des opinions divergentes sont rapportées par Diderot. Mais c’est le même scepticisme que l’on rencontre aujourd’hui, la même opposition entre partisans et détracteurs des cures. Comment lever les doutes, sinon en expérimentant : c’est ce qu’exige Diderot et c’est ce que les cliniciens demandent aujourd’hui encore : des séries comparatives de malades aussi semblables que possible, les uns traités, les autres, non. Mais que l’on y prenne garde : restera toujours l’influence psychologique du « voyage aux eaux », du changement d’ambiance, de l’espoir de guérison, des mérites accrus du médecin que l’on va chercher au loin. Diderot les souligne qui décrit de la sorte les incidentes psychologiques de la prise des médicaments et de tout traitement, en général, cet effet placebo dont Paré avait déjà signalé l’importance dans son Traité de la Licorne. Que des incidentes psychologiques modifient le fonctionnement somatique, Diderot en apportera d’autres preuves en décrivant de nombreux exemples dans ses Eléments de Physiologie, collationnés à partir de 1765. Il nie ainsi, par la clinique, c’est-à-dire par les faits, la dualité cartésienne de l’esprit et du corps, inaugurant dès lors la psychosomatique.
  5. Enfin, une notion essentielle sous-tend tout le discours médical qui précède : la maladie est considérée comme un phénomène réductible à une approche rationnelle ; ce n’est ni une malédiction, ni un maléfice. La maladie a un support : le malade, dans son corps et son esprit ; elle a des causes bien définies que l’exploration clinique systématique et l’expérimentation dont Diderot souligne à plusieurs reprises l’absolue nécessité, permettent de connaître. La maladie n’appartient plus ni à Dieu ni à Satan, mais aux Sciences naturelles. A nos yeux, cette attitude originale de Diderot acquise au contact des médecins philosophes porte déjà la marque de la médecine moderne.

Conclusion

Diderot, qui a recherché la compagnie des médecins les plus instruits de son époque, ne se contente pas de se soumettre à leurs jugements et à leurs opinions. Il réfléchit et forme sa propre doctrine. En ce cas particulier des cures de Bourbonne, il découvre l’ensemble du thermalisme. Nous y trouvons ce que nous-même y plaçons : les propriétés des eaux, dépouillées de tout merveilleux, l’état d’esprit du curiste hanté par l’espoir de guérison, la nécessité pour les médecins des villes d’eaux d’expérimenter pour convaincre, les possibilités d’enrichir par notre génie ce que la nature offre. L’actualité de Diderot, notre contemporain, est telle que son discours médical se confond avec le nôtre. Tant il est vrai que la compréhension du malade ne découle pas nécessairement des titres que l’on croit porter.

Bibliographie

  1. Plusieurs éditions du Voyage à Langres et à Bourbonne ; leur texte est identique.
  2. H. TROISGROS a préparé pour l’Association des Amis du Vieux Bourbonne, un texte du Voyage, avec introduction et notes. Nous nous sommes servis de ce dernier pour la rédaction de notre pseudo-prospectus.
  3. Publication de l’Association des Amis du Vieux Bourbonne, 1968.

[1A la fin du livre se trouvent : un tableau chronologique des principaux épisodes de la vie de Darwin ; une chronologie du voyage sur le Beagle, une carte avec le tracé des expéditions terrestres de Darwin, l’arbre généalogique des familles Darwin, depuis Erasmus, et Wedgwood, depuis Josiah, ainsi qu’une bibliographie comprenant les œuvres de Darwin, des biographies et des études sur l’évolution en général.

[2Il faut citer une préface de 40 pages de J. Riera, qui se place dans le contexte du concept d’évolution et en retrace l’histoire. On y trouve également quelques indications sur D. Papp et sur ce livre.

[3L’année 1982 a vu la célébration du centenaire de la mort de Darwin ; il n’est pas inutile de souligner que l’ouvrage a paru en 1983.



















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