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Le système le plus raisonnable sur les eaux thermales en général, c’est que ce sont des eaux courantes ordinaires, qui sont conduites dans leur cours, sur de grands amas de substances pyriteuses, ou peut-être sur d’immenses débris de volcans souterrains, où elles excitent la chaleur qu’elles prennent et conservent en entraînant avec elles une portion des matières qu’elles ont dissoutes.

Combien de vicissitudes dans l’espace immense qui s’étend au-dessus de nos têtes ? Combien d’autres dans les entrailles profondes de la terre ? Une rivière nécessaire au mouvement des moulins à sucre, à l’arrosement des terres plantées de cannes, et à la subsistance des habitans, vient de disparaître à la Martinique, dans un tremblement de terre, et de rendre une contrée à l’état sauvage. Les mers et la population marchent. Un jour, il y aura des baleines où croissent nos moissons, des déserts où la race humaine fourmille. Les volcans semblent communiquer de l’un à l’autre pôle. Lorsque l’un mugit en Islande, un autre se tait en Sicile, ou parle dans les Cordillières. Les entrailles de la terre sont fouillées de cavités immenses, où des masses énormes d’eau vont ou iront s’engloutir. Le feu a creusé des réservoirs à l’eau ; ces réservoirs, un temps vides, un autre temps remplis, ou sont à découvert comme nos lacs, ou attendent que la croûte qui les couvre se fende, se brise et les montre. Les extrémités de notre demeure s’affaissent, l’équateur s’élève par une force qui va toujours en croissant. Ce que nous appelons notre globe tend sans cesse à ne former qu’un mince et vaste plan. Peut-être qu’avant que d’avoir pris cette forme, il ira se précipiter dans l’Océan de feu qui l’éclaire, à la suite de Mercure, de Mars et de Vénus. Qui sait si Mercure sera la première proie qu’il aura dévorée ? Que diront nos neveux, lorsqu’ils verront la planète de Mercure se perdre dans ce gouffre enflammé ? Pourront-ils s’empêcher d’y prévoir leur sort à venir ? Si du milieu de leur terreur, ils ont le courage d’agrandir leurs idées, ils prononceront que toutes les parties du grand tout s’efforcent à s’approcher, et qu’il est un instant où il n’y aura qu’une masse générale et commune.

La fontaine ou le puits qui fume sans cesse est placé dans le quartier bas. C’est un petit bâtiment étroit et carré, ouvert de deux portes opposées dont l’antérieure est placée dans l’entrecolonnement de quatre colonnes dont la façade est décorée. Ce monument n’est pas magnifique ; il pouvait être mieux entendu, sans excéder la dépense (3). Je l’aurais voulu circulaire, avec quelques bancs de pierre au pourtour ; mais tel qu’il est, il suffit à son usage. Combien d’édifices ou n’auraient pas été faits, ou seraient aussi simples si l’on n’avait consulté que l’utilité.

La profondeur de ce puits est de six pieds et son ouverture de quatre pieds en carré.

Les eaux sont si chaudes qu’on aurait peine à y tenir quelque temps la main. Elles sont plus chaudes au fond qu’à la surface. A la surface, le thermomètre de Réaumur monte à 55° ; au fond, il monte à 62°. Un œuf s’y durcit en vingt-quatre heures. Cette année, un jeune enfant s’y laissa tomber ; en un instant il fut dépouillé de sa peau et mourut. Cet accident devrait bien apprendre à en prévenir un pareil pour l’avenir (4).

Les eaux de ce puits sont conduites par des canaux souterrains à un bâtiment oblong, construit plus bas, et sont reçues dans des bassins carrés et séparés en deux par une cloison. Quand on se baigne, on s’assied sur de longs degrés de pierre qui s’élèvent au-dessus ou descendent au-dessous les uns des autres et qui règnent le long des bords de ces bassins. C’est là le lieu des bains du peuple. Les particuliers se baignent dans les maisons dans des cuves de bois ou baignoires ordinaires. On y porte le soir, sur les cinq à six heures, les eaux qu’on prend au puits dans des tonneaux, et sur les six à sept heures le lendemain, elles sont encore assez et même trop chaudes pour le bain. On tempère la chaleur des eaux selon la force ou la faiblesse du malade.

Des bains renfermés dans ce dernier bâtiment, il y en a deux qui sont de source et deux autres qui sont fournis par le puits. Ils ont tous quatre environ trois pieds de profondeur.

La quantité et la chaleur des eaux du puits et des bains de source sont constantes. La quantité ne s’accroît point par les pluies et ne diminue pas par les sécheresses. Les grands froids et les grands chauds ne font rien à sa chaleur.

On trouve sur le chemin du bâtiment carré vers l’hôpital, un bain séparé qu’on appelle le bain Patrice. Il est de source, il est fréquenté. C’est aux environs de ce puits dont le nom marque assez l’ancienneté, qu’il y avait autrefois des salines que le temps a détruites.

[1A la fin du livre se trouvent : un tableau chronologique des principaux épisodes de la vie de Darwin ; une chronologie du voyage sur le Beagle, une carte avec le tracé des expéditions terrestres de Darwin, l’arbre généalogique des familles Darwin, depuis Erasmus, et Wedgwood, depuis Josiah, ainsi qu’une bibliographie comprenant les œuvres de Darwin, des biographies et des études sur l’évolution en général.

[2Il faut citer une préface de 40 pages de J. Riera, qui se place dans le contexte du concept d’évolution et en retrace l’histoire. On y trouve également quelques indications sur D. Papp et sur ce livre.

[3L’année 1982 a vu la célébration du centenaire de la mort de Darwin ; il n’est pas inutile de souligner que l’ouvrage a paru en 1983.



















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