10(2-3-4)

Pour revenir au diamètre de la roue, il a été adapté également au nombre de compressions à la minute du soufflet nécessaires pour l’entretien suffisant du foyer de la forge. La vitesse de rotation des roues étant liée à la vitesse de la marche du chien et à la circonférence de la roue, donc à son diamètre, les cloutiers s’arrangeaient pour obtenir environ quinze tours à la minute, c’est-à-dire un soufflage toutes les quatres secondes, vitesse compatible avec les caractéristiques des soufflets.

En ce qui concerne les couteliers il semble qu’ils ont surtout utilisé les roues à chien pour faire tourner leurs meules. La vitesse de rotation relativement élevée de celles-ci, de quatre cents tours à la minute, par exemple, ne permettant pas une utilisation directe de la force motrice canine, il fallait passer par l’intermédiaire d’un multiplicateur de vitesse à deux poulies. Pour ce faire la meule était munie d’une roue d’entraînement d’un diamètre réduit liée par une courroie de transmission à une poulie de grand diamètre, liée directement ou par l’intermédiaire d’un autre ensemble de deux poulies à la roue motrie. De ce fait le diamètre de cette dernière roue pouvait être plus grand, d’autant plus que les dessins qui nous montrent les émouleurs au travail à Mandres et à Châtellerault témoignent de l’existence effective d’une double transmission, la meule étant entraînées par une poulie fixée sur un arbre intermédiaire libre.

Double transmission également dans le cas de cet atelier de clouterie reconstitué au Musée de l’Ardenne à charleville-Mézières. En effet, là aussi on a cherché à obtenir une vitesse de rotation assez élevée car, s’agissant d’un atelier datant probablement des débuts du 20e siècle le soufflet de la forge a été remplacé par un ventilateur qui ne débite convenablement que s’il tourne vite.

On peut noter en passant que ces ventilateurs, connus des métallurgistes, allaient être équipés avec des moteurs électriques pour remplacer progressivement les soufflets plus encombrants et moins faciles à mettre en œuvre.

Conséquence, plus ou moins directe, de l’accroissement du diamètre de la jante une augmentation du nombre de rayons de la roue passant de quatre à six. Corrélativement on assiste à une modification du mode de réalisation de la roue qui, par exemple, dans le cas des ateliers de Mandres de Sarcey et de Millières s’approche de la structure des roues des bicyclettes. Cette dernière modification permet, en particulier, de ramener la fixation de la jante d’un seul côté d’un moyeu, qui remplace l’axe, le chien pouvant ainsi accéder plus facilement à l’intérieur de la roue et d’y évoluer plus aisément.

En outre les roues de Sarcey et de Millières comportent un mécanisme de multiplication de vitesse à engrenages couplé directement à l’axe de la roue, et transmettant son mouvement à une roue d’entraînement de la meule liée par une courroie à cette dernière ; mécanisme qui simplifie l’installation en supprimant l’arbre auxiliaire.

A quelques exceptions près, le coutelier ne se sert pas de la roue à chien pour faire actionner le soufflet de sa forge. Le foyer de celle-ci doit être avivé par intermittence, ce qui est plus facile à obtenir d’un homme que d’un animal. Pourtant dans Le tour de la France par deux enfants de G. Bruno (épouse du philosophe Alfred Fouillée, maître de conférence à l’Ecole normale supérieure), ouvrage paru en 1877, on trouve, une gravure représentant l’atelier d’un cloutier de Thiers où l’on voit, en particulier, un chien dans une roue qui actionne ... un soufflet de forge (?). La seule explication que l’on puisse avancer concernant la réalité d’un atelier thiernois ayant pu servir de modèle au dessinateur, est une transposition « géographique » entre la Haute-Marne et Ie Puy-de-Dôme. Le saura-t-on jamais. En effet, on ne trouve nulle trace de roue à chien dans la région de Thiers où, il est vrai, la roue hydraulique semble avoir existé dès l’origine.

[1Voir par ex., R. ETTINGHAUSEN, La peinture arabe, Genève 1962.

[2D. BRANDENBURG, Islamic Miniature Painting in Medical Manuscripts, Bâle, 1982.

[3 Encyclopédie de l’Islam, nouvelle édition (E l, 2), Leyde, 1979, voir les articles « ’Attar  », t.I, p. 774-775, «  Adwiya », t.I, p. 219-221, et « Akrabadhin », t.I, p. 354-355.

[4 Inv. Hazine 841, f° 3, reproduit dans B. LEWIS, Le monde de l’Islam, Bruxelles, 1976, ill. 123, p. 96. Une étude approfondie de ce manuscrit a été faite par A. S. MELIKIAN-CHIRVANI, « Le roman de Varqe et Golsah », Arts Asiatiques, XXII, 1970.

[5New York, Metropolitan Museum of Art, inv. 57.51.21, reproduite dans R. ETTINGHAUSEN, op. cit., p. 87. Le manuscrit est conservé à Istanbul (Bibliothèque Suleymaniye, inv. Aya Sophia MS 3703) mais une trentaine de pages avec des miniatures représentant des personnages, en ont été arrachées au début du siècle et sont actuellement dispersées dans diverses collections publiques ou privées.

[6E I, 2, article « Bîmaristân », t. I, p. 1259-1262.

[7Catalogue Sotheby’s, Londres, Islamic Works of Art Carpets and Textiles, 17.10.1984, n° 129. Ce vase est actuellement dans une collection privée, à Koweit, inv.I/961.

[8Washington, Freer Gallery of Art, inv. 32.20v, reproduite dans E. ATIL, Art of the Arab World, Washington, 1975, n° 25, p. 60.

[9Baltimore, Walter Art Gallery, inv. 10.675, reproduite dans D. BRANDENBURG, op. cit., ill. 45, p. 118. Les deux opérations figurent simultanément sur une autre miniature : New York, Metropolitan Museum of Art, inv. 13.152.6, reproduite dans le catalogue de l’exposition Islamische Kunst Meisterwerke aus dem Metropolitan Museum of Art of New York, Berlin, 1981, n° 19, p. 68-69.

[10ms. arabe 2964, B. FARES, Le livre de la Thériaque, Le Caire, 1953

[11 id., pl. XI.

[12 ibid., pl. XII.

[13Je remercie vivement Madame HALLE-FAY, conservateur du Musée National de Céramique de Sèvres, qui m’a donné l’autorisation de publier cet objet encore inédit de ses collections, ainsi que Madame LE DUC, chargée de mission, pour son amical concours.

[14La plupart des bouteilles de même époque et de même origine ont un corps globulaire, voir par exemple, Céramiques islamiques dans les collections genevoises, Genève, 1981, n° 47-49, p. 30-31. Quelques unes ont un corps piriforme, tel le n° 41, p. 27. Toutes sont recouvertes de glaçure.

[15Les céramiques islamiques ont :
- soit une pâte argileuse cuite vers 800 à 900°,
- soit une pâte siliceuse dont la cuisson peut atteindre 1200° et dont la vitrification est alors assez poussée. Ici, nous avons une pâte argileuse cuite à la température des pâtes siliceuses.

[16M. MERCIER, Le feu grégeois, les feux de guerre depuis l’antiquité, la poudre à canon, Paris, 1952.

[17R. ETTINGHAUSEN, « The Uses of Sphero-conical Vessels in the Muslim East » Journal of Near Eastern Studies, XXIV, 1965, p. 218-229 qui reprend toutes les hypothèses faites sur le sujet avec une large bibliographie.

[18J. M. ROGERS, « Eolipiles again », Forschungen Zur Kunst Asiens, in memoriam Kurst Erdmann, Istanbul, 1970, p. 147-158.

[19E I, 2 voir l’article « AI-Idrîsî » t. Il, p. 1058-1061.

[20J. M. ROGERS, op. cit., note 9, p. 150.

[21Voir par exemple, pour l’argenterie un plat achéménide reproduit dans R. GHIRSHMAN, Perse, Proto-iraniens, Mèdes, achéménides, Paris, 1963, n° 313, p. 259 ; pour le verre, une coupe reproduite dans Glass from the Corning Museum of Glass, A Guide to the Collections, U. S. A., 1974, n° 10, p. 16, inv. 62.1.21 ou encore une série de gobelets en verre souflé et moulé dont un exemplaire est reproduit dans A. von SALDERN, Glas von der Antike bis zum Jugendstil, Mayence, 1981, n° 44, p. 81.

[22L. FREDERIC, Dictionnaire de la civilisation indienne, Aylesbury, 1987, p. 679.

[23Paris, Musée des Arts Décoratifs, inv. 11287, reproduit dans A. S. MELIKIAN-CHIRVANI, Le bronze iranien, Paris, 1973, p. 18-19.

[24 Paris, Musée du Louvre, inv. MAO 362, reproduit dans le catalogue de l’exposition L’Islam dans les collections nationales, Paris, 1977, n° 472, p. 210-211.

[25A Brahminabad, dans le Sind, ont été mis au jour des tessons de céramique abbasside voir R. L. HOBSON, A Guide to the Islamic Pottery of the Near East, London, 1932, p. 8-10, pl. IV.

[26H. ELKHADEM, « Orient-Occident : la transmission des connaissances scientifiques au moyen âge », Philologia Arabica, Anvers, 1986, p. XI-XLI

[27Reproduit dans A. PARROT, Sumer, Paris, 1960, fig. 289 p. 236.

[28R. M. DZHANPOLADYAN, « Sferokonischeskiye sosudy iz Dvina i Ani », Sovetskaya Arkheologiya, 1958, n° 1, fig. 5, p. 206.

[29Collection du Dr J. M. ROGERS qui a eu l’extrême obligeance de m’en procurer une photographie.

[30Voir A. S. MELIKIAN-CHIRVANI, « Les thèmes ésotériques et les thèmes mystiques dans l’art du bronze iranien », Mélanges H. Corbin, Téhéran, 1977, p. 367-406.

[31 Ainsi sur un chaudron : Londres, Victoria and Albert Museum, inv. 19153-1899, reproduit dans A. S. MELIKIAN-CHIRVANI, Le bonze iranien, p. 42-43.

[32S. H. NASR, Sciences et savoir en Islam, Paris, 1979, p. 314 et suiv.

[33E I, 2. t. Il, article « Djâbîr », p. 367-69 et aussi Encyclopoedia Universalis, vol. 1, «  Alchimie  », en particulier p. 593-94, et vol. 9, « Islam » voir p. 180-81.

[34B. FARES, op. cit., pl. III et IV.

[35E l, 1, t. III, « al-Râzî », p. 1213-15 et S. H. NASR, op. cit., p. 298-99.

[36R. ETTINGHAUSEN, « The uses ... » , fig. 1-5, et pl. XLV.



















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