10(2-3-4)

Cette vision est confirmée par des dessins et cartes postales qui montrent des ateliers parfois d’une dizaine de mètres carrés. Il y avait de toutes petites clouteries et des clouteries, certes artisanales, mais tout de même plus importantes. Dans La France Industrielle, ouvrage de Paul Poiré édité en 1873, on voit, par exemple, une gravure représentant l’intérieur d’une clouterie ardennaise dont le soufflet de la forge est animé également par une roue à chien, mais dont les six compagnons disposent d’un espace qui ne paraît pas être particulièrement exigu.On dispose en la matière de témoignages plus directs. Ainsi cette gravure datée de 1878-1879, dessinée par Ryckebusch, dont nous avons pu voir l’original graĉe à l’obligeance de M. J. Brandon et Mme G. Veyssière, petits-enfants de Pierre Frederic Brandon maître cloutier à Chartres que l’on voit sur la gravure, dans son atelier, entouré de ses compagnons. Là, encore, l’atelier ne paraît pas particulièrement petit. Mais tous les cloutiers de la Beauce n’avaient pas apparemment la même chance.

Dans Forges et forgerons du pays chartrain de Charles Marcel Robillard, publié en 1963, nous voyons une autre facette de la vie des cloutiers artisans de cette époque. « Avant la fabrication mécanique, écrit Robillard, c’est-à-dire avant 1870-1880, les clous à cheval étaient également forgés à la main par les cloutiers artisans spécialisés aujourd’hui disparus, qui travaillaient seuls dans un atelier très réduit, un chien tournant dans une roue actionnait le soufflet ».

La présence de la clouterie artisanale dans la plaine de la Beauce était justifiée, en partie, par l’existence d’un marché local. L’implantation des clouteries dans le Dauphiné, la Haute Marne et les Ardennes, sur des plateaux situés entre les longitudes 4 Est et 6 Est, peut s’expliquer par la proximité d’approvisionnement en fer, par un besoin d’activités d’appoint dans des pays de culture très pauvre et parfois inexistante, et, aussi, par la présence d’un circuit commercial passant par ces plateaux.

On peut s’interroger, cependant, sur l’origine de la quasi identité des procédés employés par les cloutiers de toutes ces centrées. Simulitude de l’outillage dont la roue à chien utilisée par les uns et les autres comme source de force motrice.

Y avait-il eu un transfert de connaissance par les compagnons du Tour de France ? Ce n’est pas impossible. Le compagnonnage des cloutiers date de 1758. En principe le Nord-Est n’était pas inclus dans leur itinéraire, mais ils passaient dans une dizaine de villes-étapes. A Chartres, en particulier, dont la « Cayenne » était vers la fin du 19e siècle animée par Marie Vindiolet, Mère en Devoir et épouse légitime du cloutier Pierre Frédéric Brandon. Malheureusement les archives des cloutiers ont été dispersées, et il n’existe pas beaucoup de documents pouvant étayer la thèse de transfert des techniques dans le cadre du compagnonnage, du moins dans ce cas précis. Les mêmes remarques peuvent être formulées à propos d’une autre activité artisanale de cette époque, l’activité des couteliers, issus de la corporation des « fèvres-couteliers » forgeant et émoulant les lames. Les compagnons couteliers, enfants de Maître Jacques, étaient placés également sous l’invocation de Saint Eloi, tout en ayant pour patron Saint -Baptiste.

Les couteliers, artisans du fer, comme les cloutiers, ont besoin toutefois pour la confection d’une lame, d’un acier de bonne qualité. Il faut, parfois, le faire venir d’assez loin. A Saint-Etienne, par exemple, les couteliers s’approvisionnent, au 19e siècle, dans le Dauphiné, à Rives, entre autres.

Le fer comme l’acier étant forgé à la main, les couteliers, comme les cloutiers, font usage d’une forge mais, cependant, celle-ci ne fonctionne pas en continu comme chez les cloutiers. La fabrication d’un clou ou d’une lame de couteau implique, enfin, un certain nombre d’opérations de finition. Pour les couteliers il s’agit surtout de la confection du tranchant par émoulage, d’abord, et par polissage ensuite. Les meules et les polissoirs, devant être entraînés en rotation, impliquent l’usage d’un « moteur » donc d’une source de force motrice. Tout comme dans le cas du métier à tisser primitif ou, encore, les tours du potier ou de l’orfèvre, le premier moteur rotatif se réduit à une simple roue à manivelle mue par un homme. La roue à manivelle que l’on voit, par exemple, sur l’une des planches de l’Encyclopédie de Diderot, montrant l’agencement d’un atelier de coutellerie, restera en usage, plus ou moins modifiée, dans certains villages de la Haute-Marne, en particulier, jusqu’à l’aube du 20e siècle.
Roulot, coutelier et collectionneur, possède dans sa collection privée une roue à manivelle métalique, munie d’un multiplicateur de vitesse à engrenages - on y reviendra plus loin - fabriquée à Nogent il y a moins d’un siècle par l’Atelier Renard. Lorsqu’un site se trouve être pourvu d’un cours d’eau exploitable, c’est, souvent, une roue hydraulique qui assure la relève de la force motrice humaine. C’est le cas de la région de Thiers, par exemple, où les flots de la Durolle ont servi au siècle dernier, sinon avant, à l’entraînement des multiples roues des émouliers, allongés, à plat ventre sur leurs planches. Les chiens, leurs compagnons, étaient là aussi, couchés sur les jambes de leurs maîtres pour les protéger du froid et de l’humidité. Ces « chaufferettes », de l’avis des émouliers thiernois, les mettaient, paraît-il, à l’abri des rhumatismes. On dit, aussi, que ces chiens étaient d’excellents compagnons de braconnage, complément d’activité parfois vital, aussi bien des couteliers que des cloutiers.

Au 19e siècle, malgré quelques rares périodes de sécheresse, la Durolle fournissait l’énergie nécessaire au fonctionnement d’un ensemble d’installations situées sur ses rives et dont la puissance atteignait 276 kW. A cette même époque d’autres couteliers dans des régions peut-être moins favorisées du point de vue de l’hydrolicité, n’ont toujours pas d’autre ressource pour faire tourner les meules de leurs ateliers, que de faire appel aux bras de leurs femmes, enfants ou autres membres de la famille, à moins de mobiliser la force motrice animale, celle des chiens.

[1Voir par ex., R. ETTINGHAUSEN, La peinture arabe, Genève 1962.

[2D. BRANDENBURG, Islamic Miniature Painting in Medical Manuscripts, Bâle, 1982.

[3 Encyclopédie de l’Islam, nouvelle édition (E l, 2), Leyde, 1979, voir les articles « ’Attar  », t.I, p. 774-775, «  Adwiya », t.I, p. 219-221, et « Akrabadhin », t.I, p. 354-355.

[4 Inv. Hazine 841, f° 3, reproduit dans B. LEWIS, Le monde de l’Islam, Bruxelles, 1976, ill. 123, p. 96. Une étude approfondie de ce manuscrit a été faite par A. S. MELIKIAN-CHIRVANI, « Le roman de Varqe et Golsah », Arts Asiatiques, XXII, 1970.

[5New York, Metropolitan Museum of Art, inv. 57.51.21, reproduite dans R. ETTINGHAUSEN, op. cit., p. 87. Le manuscrit est conservé à Istanbul (Bibliothèque Suleymaniye, inv. Aya Sophia MS 3703) mais une trentaine de pages avec des miniatures représentant des personnages, en ont été arrachées au début du siècle et sont actuellement dispersées dans diverses collections publiques ou privées.

[6E I, 2, article « Bîmaristân », t. I, p. 1259-1262.

[7Catalogue Sotheby’s, Londres, Islamic Works of Art Carpets and Textiles, 17.10.1984, n° 129. Ce vase est actuellement dans une collection privée, à Koweit, inv.I/961.

[8Washington, Freer Gallery of Art, inv. 32.20v, reproduite dans E. ATIL, Art of the Arab World, Washington, 1975, n° 25, p. 60.

[9Baltimore, Walter Art Gallery, inv. 10.675, reproduite dans D. BRANDENBURG, op. cit., ill. 45, p. 118. Les deux opérations figurent simultanément sur une autre miniature : New York, Metropolitan Museum of Art, inv. 13.152.6, reproduite dans le catalogue de l’exposition Islamische Kunst Meisterwerke aus dem Metropolitan Museum of Art of New York, Berlin, 1981, n° 19, p. 68-69.

[10ms. arabe 2964, B. FARES, Le livre de la Thériaque, Le Caire, 1953

[11 id., pl. XI.

[12 ibid., pl. XII.

[13Je remercie vivement Madame HALLE-FAY, conservateur du Musée National de Céramique de Sèvres, qui m’a donné l’autorisation de publier cet objet encore inédit de ses collections, ainsi que Madame LE DUC, chargée de mission, pour son amical concours.

[14La plupart des bouteilles de même époque et de même origine ont un corps globulaire, voir par exemple, Céramiques islamiques dans les collections genevoises, Genève, 1981, n° 47-49, p. 30-31. Quelques unes ont un corps piriforme, tel le n° 41, p. 27. Toutes sont recouvertes de glaçure.

[15Les céramiques islamiques ont :
- soit une pâte argileuse cuite vers 800 à 900°,
- soit une pâte siliceuse dont la cuisson peut atteindre 1200° et dont la vitrification est alors assez poussée. Ici, nous avons une pâte argileuse cuite à la température des pâtes siliceuses.

[16M. MERCIER, Le feu grégeois, les feux de guerre depuis l’antiquité, la poudre à canon, Paris, 1952.

[17R. ETTINGHAUSEN, « The Uses of Sphero-conical Vessels in the Muslim East » Journal of Near Eastern Studies, XXIV, 1965, p. 218-229 qui reprend toutes les hypothèses faites sur le sujet avec une large bibliographie.

[18J. M. ROGERS, « Eolipiles again », Forschungen Zur Kunst Asiens, in memoriam Kurst Erdmann, Istanbul, 1970, p. 147-158.

[19E I, 2 voir l’article « AI-Idrîsî » t. Il, p. 1058-1061.

[20J. M. ROGERS, op. cit., note 9, p. 150.

[21Voir par exemple, pour l’argenterie un plat achéménide reproduit dans R. GHIRSHMAN, Perse, Proto-iraniens, Mèdes, achéménides, Paris, 1963, n° 313, p. 259 ; pour le verre, une coupe reproduite dans Glass from the Corning Museum of Glass, A Guide to the Collections, U. S. A., 1974, n° 10, p. 16, inv. 62.1.21 ou encore une série de gobelets en verre souflé et moulé dont un exemplaire est reproduit dans A. von SALDERN, Glas von der Antike bis zum Jugendstil, Mayence, 1981, n° 44, p. 81.

[22L. FREDERIC, Dictionnaire de la civilisation indienne, Aylesbury, 1987, p. 679.

[23Paris, Musée des Arts Décoratifs, inv. 11287, reproduit dans A. S. MELIKIAN-CHIRVANI, Le bronze iranien, Paris, 1973, p. 18-19.

[24 Paris, Musée du Louvre, inv. MAO 362, reproduit dans le catalogue de l’exposition L’Islam dans les collections nationales, Paris, 1977, n° 472, p. 210-211.

[25A Brahminabad, dans le Sind, ont été mis au jour des tessons de céramique abbasside voir R. L. HOBSON, A Guide to the Islamic Pottery of the Near East, London, 1932, p. 8-10, pl. IV.

[26H. ELKHADEM, « Orient-Occident : la transmission des connaissances scientifiques au moyen âge », Philologia Arabica, Anvers, 1986, p. XI-XLI

[27Reproduit dans A. PARROT, Sumer, Paris, 1960, fig. 289 p. 236.

[28R. M. DZHANPOLADYAN, « Sferokonischeskiye sosudy iz Dvina i Ani », Sovetskaya Arkheologiya, 1958, n° 1, fig. 5, p. 206.

[29Collection du Dr J. M. ROGERS qui a eu l’extrême obligeance de m’en procurer une photographie.

[30Voir A. S. MELIKIAN-CHIRVANI, « Les thèmes ésotériques et les thèmes mystiques dans l’art du bronze iranien », Mélanges H. Corbin, Téhéran, 1977, p. 367-406.

[31 Ainsi sur un chaudron : Londres, Victoria and Albert Museum, inv. 19153-1899, reproduit dans A. S. MELIKIAN-CHIRVANI, Le bonze iranien, p. 42-43.

[32S. H. NASR, Sciences et savoir en Islam, Paris, 1979, p. 314 et suiv.

[33E I, 2. t. Il, article « Djâbîr », p. 367-69 et aussi Encyclopoedia Universalis, vol. 1, «  Alchimie  », en particulier p. 593-94, et vol. 9, « Islam » voir p. 180-81.

[34B. FARES, op. cit., pl. III et IV.

[35E l, 1, t. III, « al-Râzî », p. 1213-15 et S. H. NASR, op. cit., p. 298-99.

[36R. ETTINGHAUSEN, « The uses ... » , fig. 1-5, et pl. XLV.



















info visites 146627

     COCOF
                      Avec le soutien de la Commission
                           communautaire française