9(1)suite

1) Définition de la recherche.

Compte tenu du temps disponible, d’une première estimation des possibilités documentaires, voire des facilités financières, la recherche peut être étendue
verticalement et horizontalement. Il est cependant nécessaire de la définir nettement, car cela déterminera la suite des opérations.
Les limites chronologiques, géographiques et techniques doivent être précises. Il ya par exemple une grande différence entre la typologie des grosses exploitations agricoles en Hesbaye au 18e siècle, et les développements de l’industrie chimique et de l’agro-alimentaire en Belgique dans les années 1850-1950.

2) Dépouillement de la bibliographie.

En fonction de la définition de la recherche, le dépouillement se fera sur divers
plans :
- bibliographies historiques classiques (Pirenne, Revue du Nord, Revue Belge de Philologie et d’Histoire) ;
- bibliographies particulières à une région ou à une époque, à partir notamment de revues locales ou de revues consacrées à l’étude de telle ou telle époque ;
- bibliographies relatives à l’histoire de l’art, avec un coup d’œil particulier pour le chapitre qu’elles consacrent à l’iconographie ;
- bibliographies des revues d’histoire des techniques et aussi, à partir du 19e siècle, des revues techniques industrielles, commerciales ou scientifiques, spécialisées ou non. Ces revues peuvent notamment contenir une iconographie sous forme de publicité illustrée. Les périodiques d’information générale peuvent aussi apporter des éléments de ce genre ;
- recensement des catalogues d’expositions éventuelles ;
- contrôle général et essai de bibliographie comparative au moyen des grandes
bibliographies internationales (Répertoire d’art et d’archéologie, Bibliographies internationales des articles et des comptes rendus, etc.).

Ce dépouillement bibliographique peut paraître fastidieux et inutile. Il n’en est rien. C’est une mise de fonds indispensable qui non seulement empêche de coûteuses (en temps perdu) redites mais permet aussi des comparaisons originales et, partant, le véritable avancement des travaux tout en les empêchant de n’être qu’une sèche analyse. Le dépouillement bibliographique bien conçu donne également automatiquement les directions à suivre pour le dépouillement des « sources ». Il est enfin un premier pas dans le prudent domaine de la critique historique.

3) Dépouillement des sources.

Partant de la définition de la recherche et du dépouillement bibliographique, il sera relativement facile de trouver accès à l’iconographie des sites, bâtiments, ouvrages et matériel lourd. Pour des périodes plus reculées, les grandes institutions à visiter ne seront pas non plus tellement difficiles à déterminer. La complication commence avec le matériel léger, les outils portables, les produits finis et les matières spéciales élaborées pour tel ou tel type de fabrication. Car ce qui compte, c’est de voir, de bien voir, sinon de toucher, de recueillir sa propre documentation photographique et de comprendre les processus techniques.

J’ai toujours plaidé pour que les historiens de l’art comprennent l’importance des recherches archivistiques. Il en va de même en archéologie industrielle. Comptes, règlements corporatifs, procés, rapports d’experts, mémoires accompagnant des demandes d’octroi, inventaires après décès, contrats, demandes de brevets, journaux privés, descriptions de voyageurs, correspondance technique, archives d’entreprises, rapports de fouilles, etc. tous ces documents écrits fourniront d’importantes précisions sur la fabrication, la composition, l’utilisation, la morphologie des objets dont on veut faire l’étude ; l’iconographie y occupe une place importante. Il n’est pas possible de vouloir s’en passer. Au chercheur de passer en revue les dépôts d’archives et de se demander devant chaque fonds s’il est susceptible ou non de lui fournir de la matière.

Ceci dit, le dépouillement iconographique garde toute son importance et son charme. Il se conjuguera avec les fiches déjà réalisées à partir des travaux imprimés et des écrits inédits. Ces fiches doivent être établies avec soin afin d’épargner le double travail, le retour sur soi-même, les erreurs de référence. Elles doivent donc aussi être suffisamment complètes et constituer une pierre apportée à l’édifice (voir 5°, Classement de la documentation).

La documentation n’est pas concentrée dans une aire géographique locale ou régionale et elle est souvent privée. Il faudra donc avoir recours à des annonces, des sondages, des intermédiaires, des enquêteurs bien introduits. Parfois, et même souvent, la recherche doit se faire sur un plan international. Il ne faut pas oublier qu’il y a des carrosses bruxellois à Cobourg, des armes liégeoises à Varsovie, des tramways belges au Caire, du matériel médical en Arabie. Sciences, techniques et industries sont soumises à un phénomène chronogéographique ; des machines tout à fait périmées, voire complètement oubliées dans nos régions peuvent fort bien être encore opérationnelles ailleurs ; c’est le cas par exemple pour des métiers à tisser du 19e siècle qui sont utilisés dans des fabriques au Bangladesh. Ici aussi, la lecture de la bibliographie et des archives peut mettre le chercheur sur des voies intéressantes.

4) Critique des sources iconographiques.

L’historien est méfiant par définition. Les exploitations, le matériel, les instruments ont évolué ; ils ont subi des améliorations, des modifications, parfois des falsifications ; il en va de même pour les documents qui les représentent. Ces documents ne sont pas toujours parmi les mieux étudiés et les mieux conservés. Néanmoins, toujours avec l’aide de la bibliographie et des sources archivistiques, le problème de la datation et de la localisation ne doit pas être insurmontable. Paradoxalement, c’est peut-être pour le 20e siècle que les difficultés seront les plus grandes, à cause d’une part de l’évolution très rapide de la technologie, d’autre part de l’imprécision chronologique de la photographie, du cinéma ou de la vidéo, enfin du grand nombre de réalisations techniques copiées. La méthode comparative reste donc à la base de la critique.

5) Classement de la documentation

Il est fonction du but de la recherche, de son ampleur et du volume de la documentation. La fiche, ou le dossier-type, me semble devoir comporter trois indications-clés (outre la ou les photographies d’ensemble ou de détail) : la technique générale, le lieu, la date. Les autres indications ne servent qu’accessoirement au classement : nom et adresse du fabricant, dates de commande et de livraison, matériaux utilisés, propriétaires successifs, défauts, transformations et réparations, renvois à des pièces de comparaison, remarques éventuelles, provenance des photos, sources, bibliographie, et j’en passe, chaque cas étant spécifique.

6) Mise en œuvre et synthèse

Elles découlent presque automatiquement des cinq premières opérations.
Bien entendu, l’iconographie n’est pas un but en soi. Elle permet des conclusions quant à la forme d’un objet ou d’une construction, à son évolution, à sa fonction ou à la technique qui a présidé à sa fabrication. Mais comme toute autre activité scientifique, l’iconographie n’est qu’une auxiliaire de ses sœurs.

[1On peut cependant considérer comme dignes d’étude et de conservation certains bâtiments administratifs particuliers, comme par exemple un bureau de postes.

[2Par exemple, et pour se limiter au domaine français :
E. Carles, Une soupe aux herbes sauvages, s.l., 1977 ; A. Sylvère, Toinou, le cri d’un enfant auvergnat, Paris, 1980 réécrit par J. Malourie. Dans un autre registre, M. Gray, Au nom de tous les miens, Paris, 1971 réécrit par Max Gallo ou P.J. Helias, Le Cheval d’orgueil, mémoires d’un Breton du pays bigouden, Paris, 1975.

[3cf. l’excellente introduction à la problématique de l’histoire orale de J.P. Rioux, Histoire orale : essor, problèmes et enjeux, dans Cahiers de Clio, 75-76, 1983, pp. 29-48, parue dans un numéro thématique consacré à l’histoire orale appliquée à l’enseignement ; R. Thompson, Historiens et histoire orale dans Mémoires collectives. Actes du Colloque d’octobre 1982, Bruxelles, 1984 pp. 281-295. Voir aussi l’exposé systématique de J. Poirier, S. Clapier-Valladon, P. Raybaut, Les récits de vie. Théorie et Pratique, Paris, 1983 ainsi que H. Gaus, B. De Graeve, F. Simon, A. Verbruggen-Aelterman, Alledaagsheid en mondelinge geschiedenis, Gent, 1983.

[4Citons ici quelques ouvrages-cadres pour l’interprétation de la mémoire orale : M. Halbweghs, Les cadres sociaux de la mémoire, Paris, 1975 (réed.) ; A. Leroy-Gourhan, Le geste et la parole, 2 vol. Paris, 1965 ; P. Bourdieu, Ce que parler veut dire, Paris 1982 R. Thompson, The voice of the past, Oxford, 1978. Voir aussi divers textes édités dans Mémoires Collectives, Actes ... op. cit. P. Charaudeau Langage et discours. Paris 1983.

[5Par exemple, en Belgique, les réalisations du laboratoire Paul Brien d’Etude de l’Environnement à Treignes (ULB) et du Musée de la Pierre à Maffle (cf. Mémoires collectives, op. cit., et Cahiers de Clio, op. cit.).

[6C. Billen, Le portrait du patron, texte présenté au Ve Congrès international d’histoire orale à Barcelone, 1985.
Voir aussi D. Voldman, Entretiens avec les reconstructeurs, Contribution à l’étude d’un groupe de décideurs (France 1940-1950), Documents du Congrès cité ci-dessus, pp. 497-504 ; A. Pinol, Transformation du travail et histoire orale. L’exemple de la rationalisation aux usines Berliet pendant l’entre-deux-guerres, 4e Colloque International d’histoire orale, Aix en Provence, 1982, pp. 507-519.

[7 Moniteur belge du 31 décembre 1980.

[8Moniteur belge du 15 août 1980.

[9Moniteur belge du 5 septembre 1931.

[10Moniteur belge du 10 septembre 1976.

[11 Arrêté du 7 août 1976.

[12Arrêté du 30 juin 1982.

[13Arrêté du 14 mars 1979.

[14Arrêté du 16 octobre 1975, avec extension le 7 juillet 1976.

[15 Arrêté du 17 avril 1980.

[16Arrêté du 24 mars 1978.

[17Arrêté du 1er juin 1978.

[18Arrêté du 7 novembre 1978.

[19 Arrêté du 13 octobre 1980.

[20Arrêté du 30 juin 1982.

[21Arrêté du 20 mai 1983.

[22Cet article doit beaucoup à celui qui a été publié par Mme Ghislaine De Bièvre, Directeur de l’Administration du Patrimoine culturel dans le n° 1 (4ème trimestre 1984) de Patrimoine Industriel (Bulletin trimestriel de l’A.S.B.L. « Patrimoine industriel Wallonie-Bruxelles ») pp 8-9, sous le titre « Activités de la Communauté française en matière d’archéologie industrielle ».

[23De wet van 7.8.1931 op he ! behoud van monumenten en landschappen bepaalde het behoud van wat in historisch, artistiek of wetenschappelijk opzicht van nationaal belang was. Het decreet van 1976 kadert in deze wet, die geldig blijft voor de Brusselse Agglomeratie en voor de bescherming van landschappen.

[24In 1972 wordt de Rijksdienst voor Monumenten- en Landschapszorg (R.M.L.Z.) opgericht.
Deze dienst wordt operationeel vanaf 1973.
De Koninklijke Commissie voor Monumenten en Landschappen - Nederlandstalige Sectie - stelt zich onmiddellijk positief op tegenover de industrieel-archeologische beschermingsvoorstellen van de R.M.L.Z. In 1983 wordt de R.M.L.Z. in de Vlaamse Administratie opgenomen onder de benaming : Bestuur Monumenten en Landschappen (B.M.L.). Het B.M.L. bezit een « afdeling industrieel erfgoed », opgericht in 1977.

[25Het industrieel erfgoed wordt systematisch opgenomen in de inventarissen « Bouwen door de eeuwen heen, in Vlaanderen », uitgegeven door het Ministerie van Cultuur.
Het samenstellen van gedetailleerde tematische inventarissen per bedrijfstak, zou echter de evaluatie van het industrieel erfgoed in hoge mate vergemakkelijken.

[26De subsidiëring gaat van 30/50 % (privé-initiatief) tot 60 % (overheidsinitiatief). Het Besluit van 30.3.83 bepaalt de erkennings- en betoelagingsmodaliteiten voor herwaarderingsgebieden.

[27De subsidiëring wordt geregeld door het « decreet houdende de bekrachtiging van het Besluit van de Vlaamse Executieve van 1 juli 1982 tot bepaling voor het Nederlandse taalgebied van de verdeling der kosten voor werken aan beschermde monumenten dd. 17.11.1982 ».

[28Besluit van de Vlaamse Executieve dd. 27.3.85 (ter vervanging van het Min. Besluit van 21.10.80).
Uitzonderlijk kan deze som tot 2.000.000 F opgetrokken worden.

[29Zie hierover : Witboek van het Cultureel Onroerend erfgoed, Koning Boudewijnstichting, Brussel 1981, pp. 37 e.v.

[30Wet van 29.3.1962 houdende organisatie van de Ruimtelijke Ordening.
- Koninklijk Sesluit betreffende de inrichting en de toepassing van de ontwerpgewestplannen en gewestplannen van 28.12.1972.

[31Zie hierover : Algemeen Reglement van de Arbeidsbescherming (ARAB), Titel I.

[32Deze gevallen kunnen bijvoorbeeld op advies van het Bestuur Monumenten en Landschappen worden aangeduid.

[33Hiervan bestaan er spontane voorbeelden zoals : SANTENS N.V., Watermolenweg 2-4 te Oudenaarde, gevestigd in een textielfabriek van rond 1900

[34Zie hierover J. Verhelst, De archiefwet en haar uitvoering, in : Monumenten en Landschappen, 2e jg. nr. 6 nov.-dec. 1983.

[35Over Europese regelingen kunnen wij het vooralsnog nog niet hebben. Dit valt buiten het bestek van dit artikel.
Wel willen wij verwijzen naar de regelingen in het kader van het Europees Fonds voor Regionale Ontwikkeling : bepaalde tewerkstellingsprojecten kunnen hiermee gesubsidieerd worden, wat voor het industrieel erfgoed een laterale steun kan betekenen. Waarom zouden aldus projecten, die oudere of ambachtelijke technieken op economische basis toepassen, niet kunnen gepromoveerd worden ?
Ook hiermee is de industriële archeologie uiteraard gebaat.

[36Comité d’Information et de Liaison pour l’Archéologie, l’Etude et la Mise en valeur du Patrimoine industriel, 48, rue Saint-Lambert, F-75015 Paris.

[37Voir ci-dessus : Jacques Liébin, Le patrimoine immobilier.

[38Bois-du-Luc 1685-1985, Ecomusée régional du Centre, La Louvière, 1985, 180 pages.

[39Rue de la Colonne, 1 à 1080 Bruxelles.

[40Au Bois-du-Luc, un Centre de Recherche en Fonderie a été installé dans l’ancienne fonderie du charbonnage.

[41
La rénovation des Carrés du Bois-du-Luc, malgré sa lenteur, nous paraît un bon exemple de réhabilitation d’un habitat ouvrier ancien (1838-1853).

[42Ecomusée de Fourmies-Trélon (France), rue François Deleplace, F-5910 Fourmies.

[43Linters A. ea. Industriële Archeologie-Renovaties, Gent 1985.

[44 Kidney W.C. Tamera Stichting vzw. mededelingsblad nr. 1 jrg. 1 p. 3-14, Hasselt 1974.

[45 Wissels R., Een industrieel-archeologisch museum te Hasselt in Hasselt tussen korrel en
borrel Hasselt, 1981, p. 79-84.

[46Kidney W.C. Working Places. The adaptive use of industrial buildings ; 1976.

[47 Kidney W.C. Historic preservation of engineering works, New York 1978.

[48Alfons Thijs, Industrial archaeology as a branch of the study of the history of material culture, some theoretical and methodological considerations, dans Revue Belge d’Histoire Contemporaine, t. VI, 1975, 1-2, pp. 145-157.
J. Pazdur, L’histoire de la culture matérielle en Pologne, dans Annales, Economies, Sociétés, Civilisations, t. 17, 1962, pp. 75-84.

[49J. Liébin, Le site industriel du Bois-du-Luc, base de l’Ecomusée régional du Centre, dans Bois-du-Luc 1685-1985, La Louvière, 1985, pp. 127-129 (la notion d’Ecomusée).

[50The Institute of Industrial Archaeology. Master’s and diploma courses, Ironbridge Gorge Museum, Ironbridge, Telford, Shropshire TF8 7AW, U.K,

[51T. O’Driscoll. Tourisme et patrimoine. In Forum, Conseil d’Europe, n° 24, 1984, p. 3-4.
H. Behague. Itinéraires pour découvrir le patrimoine industriel. In Forum, Conseil d’Europe, n° 24, 1984, p. 14-15.

[52 M. Kosters. Focus op toerisme. ’s Gravenhage, 1981, p. 4-13.

[53Ons industrieel erfgoed. Jaarboek Vlaamse Vereniging voor Industriële Archeologie, dl 1, Gent, 1982, p. 28.



















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