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Un inventaire plus complet de ces gravures gallo-romaines de
serpents a été publié par Adolphe Reinach (1911 : pp. 229-234) qui en
énumère une trentaine : 9 se trouvent dans le Nord-Est de la France, 10
en Bourgogne, 4 dans la vallée du Rhône, 4 en Ile-de-France et 3 en
Aquitaine. Il insiste sur l’importance accordée à la figuration du serpent
par rapport à celle qui est accordée au « dieu » qui lui est parfois associé. Le serpent n’est visiblement plus un attribut de la divinité mais un
objet de culte en soi, et A. Reinach de conclure qu’il s’agirait d’un culte
zoolâtre autochtone qui n’aurait fait qu’emprunter ses modèles de figuration aux colonisateurs romains, tout comme les habitants de la Sicile
et de l’Italie du Sud le firent avec les colons grecs.

S’il est opportun dès lors de rechercher quels ont pu être les
modèles antiques dont on s’est peut-être (?) inspiré, il me paraît par
contre illusoire de vouloir à tout prix chercher une filiation thématique
précise d’un culte allochtone du serpent, idée reçue souvent colportée
aveuglément. Il est beaucoup plus vraisemblable que les contacts
Homme - Serpent ont engendré à maintes reprises des mythes dont les
analogies résultent plutôt de convergences que d’une transmission
culturelle.

L’ophiolâtrie a d’ailleurs pu se manifester à travers des modalités très variées, même dans une unité culturelle bien circonscrite. Parler du culte du serpent et de ses origines orientales (par exemple
Daremberg & Saglio, 1875, vol. II/1, voir à l’article Draco, pp. 403-414,
par E. Pottier ; par exemple Carnochan & Adamson 1946) est bien naïf
quand on considère, pour la Grèce antique par exemple :
- d’une part le nombre d’espèces impliquées avec certitude dans ce
culte (Bodson 1981),
- d’autre part les diverses modalités sous lesquelles le mythe a pu
s’exprimer :
• serpent - gardien des lieux sacrés, faisant parfois l’objet d’un élevage (à Epidaure),
• serpent familier («  Bestiae mansuetae » : voir Daremberg & Saglio,
I/1 : pp. 694-695),
• serpent symbole malfaisant,
• serpent funéraire,
• serpent attribut de diverses divinités (Mercure, Esculape, Ménades),
• serpent figurant une divinité, soit en tout (Apollon, Zeus, Persiphone), soit en partie (Méduse, Minerve),
• serpent associé à un rite particulier : fécondité, divination, etc ...

Il me paraît donc vain de rechercher des indices de dérive culturelle entre les figurations préhistoriques de serpents, les tracés serpentiformes de certaines constructions mégalithiques, les gravures serpentiformes protohistoriques de diverses régions du monde, les mythes
associés au thème du serpent, les associations Homme-Serpent, etc.
(Anonyme 1889, Morris 1965), mais cela ne doit pas empêcher de
rechercher de simples analogies qui seraient susceptibles d’éclairer la
signification de certains documents.

C’est ainsi qu’en ce qui concerne la gravure d’Arlon, j’ai été
frappé par la ressemblance qui existe dans l’attitude du personnage et
celle des « officiants » qui participent aux processions de Cocullo, dans
les Abruzzes, dont Bruno a publié d’intéressantes photographies (1971)
ou avec la figure de charmeurs de serpents publiée par les Morris (1965
p.142).

Ceci semble bien confirmer le bien-fondé de l’interprétation
proposée par Waltzing (1911) pour qui il s’agirait d’une charmeur de serpent et de celle d’Adolphe Reinach (1911) relative à l’existence d’un
culte régional du serpent dans l’Est de la France ... et en pays trévire.



















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