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Genre dédaigné, et aux limites ni claires ni distinctes, donc.
Cela se retrouve-t-il en ce qui concerne l’histoire des sciences [7] ?

Dans l’establishment scientifique et industriel [8], l’histoire
des sciences est tolérée - surtout sous la forme hagiographique. Il ne
saurait naître de dédain, dans le monde contemporain de la science,
pour une activité intellectuelle à la fois rationnelle et non-utilitaire. Et l’on
a donc le respect qui convient pour l’histoire des sciences, comme l’on
vénère le travail des sigillographes et celui des étruscologues. La
science « pure » est la science par excellence, et tant mieux si aucune
application pratique n’est envisageable. C’est sans doute ce qui sauve
l’histoire des sciences, car il paraît bien certain que l’on ne saurait rien
attendre, économiquement, d’une meilleure connaissance de l’œuvre
d’Apollonius de Perga ou de Théophraste de Lesbos.

Mais, cela dit, le monde savant trouve généralement préférable
que des efforts soient destinés à faire progresser telle discipline plutôt
que l’histoire de cette discipline, et un physicien sera toujours plus
apprécié qu’un historien de la physique.

D’autre part, il faut noter que l’histoire des sciences - comme
la science-fiction - est assez mal définie. Nous avons, très superficiellement, abordé déjà (Baudet, 1981, 1982) cette question de définition,
et nous pourrions dire (c’est, précisément, vrai aussi de la science-fiction, concept dont le terme est un couple) que le problème résulte des
multiplicités d’acceptions des deux composants : histoire et science.

Le parallélisme que nous constatons entre HS et SF nous
paraît intéressant. Parce qu’il s’agit d’activités quelque peu marginales,
elles sont relativement multiformes, et les efforts respectifs de la critique
littéraire et de l’épistémologie n’ont pas encore abouti à décanter leur
quintessence.

Cela est intéressant, mais du domaine, en somme, de ce que
l’on pourrait appeler le pittoresque de l’activité intellectuelle. A notre
avis, il y a plus.

L’histoire des sciences, quelle que soit la définition que l’on
finira par adopter, s’occupe du passé de la science et des techniques
ou, plus exactement, extrapole, à partir des connaissances et des procédés actuels, pour comprendre ce que pouvaient être les connaissances et les procédés anciens. L’histoire des sciences est l’étude rationnelle du progrès.

La science-fiction est certes un domaine littéraire mal circonscrit, mais l’anticipation est, cela est très généralement admis, l’élément
central de cette zone du travail des écrivants. Par exemple, pour médiocre qu’elle soit, la tentative de définition d’Amis (1962) est utilisable : un
ouvrage de science-fiction est un récit en prose traitant d’une situation qui
ne pourrait se présenter dans le monde que nous connaissons, mais dont
l’existence se fonde sur l’hypothèse d’une innovation quelconque d’origine
humaine ou extra-terrestre, dans le domaine de la science ou de la technologie
. C’est l’idée d’anticipation « scientifique ». La science-fiction est
ainsi l’étude imaginative du progrès futur. On voit ou l’on arrive. L’HS et
la SF, toutes deux, ont le progrès pour matière. L’une est la manière de
l’homme de science, l’autre est la manière de l’homme de lettres de
s’intéresser au progrès. Là se trouve la complémentarité que nous
annoncions, et qui mériterait une étude approfondie que la présente note
n’a pour ambition que de situer.

Le progrès, et plus précisément le progrès scientifique et technique, est une notion qui provoque deux méditations. Celle du rationnel,
qui cherche à comprendre son mécanisme, et tente d’écrire son histoire
vraie
. Celle de l’imaginatif, qui rêve - admiratif ou angoissé -, et tente
d’écrire ses histoires possibles.

Car il est bien vrai que l’histoire des sciences est l’histoire
vraie et unique du progrès, alors que la science-fiction est l’ensemble
foisonnant (des milliers de textes) des nombreuses histoires possibles
du progrès. Que l’imaginaire s’intéresse au futur et le rationnel au passé,
cela va de soi et ne nécessite aucun commentaire.

[1 This Liber de investigatione perfectionis magisterii is not the well-known work bearing the
same name, also attributed to Jābir ibn Hayyān (or « Geber » in Latin), and having the incipit « Investigatione(m) hujus nobilis (sime) scientie ex continua ... (TK 776). The latter
text has been printed many times, beginning with the incunabulum version of the Rome
printer Eucharius Silber (s.d. et l.) ; the former exists in manuscript only, though some parts
thereof are excerpted in Ruska (1935a) = [198-237).

[2 My rendition of Rhases’s notes on apparatus is derived entirely from Ruska (1935a) = [198-202).

[3 Gebri ... Summa perfectionis magisterii in sua natura ... , in Manget, J. J., Bibliotheca chemica
curiosa
, Genevae, 1702, vol. l. This is a reprint with slight variations of the
edition published by Marcellus Silber, and edited by Fausto Sabeo et al., between 1523
and 1527 in Rome. I am presently working on a critical edition of the Summa, but until this
task is accomplished, the reader may be advised to rely on the Sabeo edition and its reprints over the other available versions.

[4 The Liber fornacum, or Liber de fornacibus construendis has only been edited once, as is
also the case with the Liber de inventione perfectionis attributed to Geber. These works
were edited by a pseudonymous « Chrysogonus Polydorus »,and first printed in the ln hoc
volumine de alchemia continentur haec
... , (Nuremberg, 1541), printed by Johannes Petreius - the printer of Copernicus’s De revolutionibus orbium caelestium. Because of the
extreme rarity of this edition and its reprints, I have been forced to use a modern German
translation - Ernst Darmstaedter, Die Alchemie des Geber (Berlin, 1922). The L. fornacum
occupies pp. 114-125 of this version.

[5 The L. fornacum (Darmstaedter, op. cit., 116) calls the fixatory furnace an athanor. If the
L. fornacum is really by the author of the 13th c. Summa perfectionis, we may then see an
early, transitional usage of the term « athanor, we may then see an
early, transitional usage of the term « athanor » here, which is similar to the Arabic tannūr
in that it relates to a high temperature oven. By the 14th c., however, such texts as the
L. de multiplicatione and the L. lucis had restricted the term « athanor » to the low temperature version of the domed furnace.

[6 Archives de l’Administration des Mines et fonds Warocqué (Musée de Mariemont).

[7 Une fois pour toutes, signalons que nous utilisons le terme « histoire des sciences » pour
faire court. Nous préfèrerions le terme, plus adéquat pour désigner notre discipline : « histoire et philosophie de la science et de la technologie ». Il y a encore des historiens qui ne
savent pas que l’histoire ne trouve la justification de son labeur érudit que si elle débouche
sur les problèmes éternels de la philosophie (l’histoire n’est-elle pas encore, pour certains, un genre littéraire ?). Et il y a encore des historiens des sciences qui ne savent pas
que l’étude de l’évolution de la science est impossible sans prendre en compte l’évolution
technologique ...

[8 Il existe un establishment scientifique et industriel comme il existe un establishment littéraire et culturel. La culture, en effet, est aux lettres ce que l’industrie est à la science,
à la fois source et réceptacle. L’écrivain produit des idées qui seront transposées, modulées et diffusées par la culture, comme le scientifique découvre des faits qui alimenteront
l’innovation technologique, moteur de l’industrie. L’ingénieur industriel transpose les
connaissances scientifiques dans le monde de la production en grandes séries, comme
le cinéaste, le journaliste et le réalisateur TV, véritables ingénieurs culturels, transposent
la création littéraire dans le monde de l’imaginaire quotidien, celui du chaud biznesse et
des masse-médiats.



















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