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La première série des brevets s’arrête à cette date. Tout
l’essentiel est dit. Vient encore une addition à ce dernier brevet
n° 87 938, en juin 1870, dans laquelle il donne des précisions sur son
anneau et les phénomènes dont il est le siège. Détails de peu d’importance sur le bobinage mais on remarque que le noyau est toujours formé
d’un simple cylindre de fer doux en tôle pleine ou en enroulement de fil
de fer, sur un manchon de bois. Plus tard il parlera d’une âme formée de
barreaux de fer placés à l’intérieur du cylindre et d’une forme particulière
des pièces terminales qui suggèrent l’induit à double T, en navette, de
Siemens. Il faut remarquer qu’au moins jusqu’en 1877, date à laquelle
j’ai arrêté l’examen de ses brevets, il n’a mentionné l’âme devenue classique de minces tiges de fer enserrées dans le cylindre pour diminuer
l’effet des courants de Foucault. Il n’a d’ailleurs jamais eu l’idée sans
doute que puisse exister ce type de phénomène.

La guerre franco-prussienne interrompt sa série de brevets à
cette addition au 87 938. La démarche de Gramme va devenir par la
suite complètement différente. C’est ici que les détails les plus importants sur son existence nous manquent. On peut avoir la certitude que
son entourage a quelque peu changé ou qu’il est devenu plus attentif à
l’intérêt de ses travaux. Deux faits importants se produisent, pendant six
ans il va préférer communiquer le résultat de ses travaux à l’Académie
plutôt que de prendre des brevets, d’autre part un commanditaire s’intéresse à lui et une première société industrielle est formée pour l’exploitation de ses brevets.

Ainsi plusieurs questions se posent. Qui lui a suggéré d’adresser des communications à l’Académie et qui l’a mis en relation avec
Jules Jamin, enfin qui a attiré les capitaux de Charles d’Ivernois vers lui ?
Deux noms viennent à l’esprit, ceux de Louis Breguet et d’Hippolyte Fontaine. Deux hommes assez différents mais dont nous savons qu’ils ont
eu affaire avec Gramme à cette époque.

Physicien et industriel, Breguet a construit dès 1872 quelques-
unes des premières machines de Gramme, ce sont d’abord des magnétos. Il avait dépassé alors la soixantaine et était fort connu par un système de télégraphe électrique et un nombre important d’appareils industriels. Il n’est entré à l’Académie que très tardivement à 70 ans, en 1874
parce que les places étaient occupées. La jeune génération de savants
promus après la création de l’Institut a tenu solidement les fauteuils pendant un demi-siècle. Jules Jamin n’a pas été un physicien de premier
plan. Il avait à son actif quelques travaux d’optique et d’électromagnétisme et surtout il avait imaginé la construction de puissants aimants,
constitués par plusieurs feuilles aimantées. Gramme en avait utilisé à
plusieurs reprises et Breguet s’en était servi pour les premières dynamos de Gramme qu’il construisit et qui connurent un certain succès
dans les laboratoires. Il est possible que ce soit Breguet qui ait conseillé
à Gramme de placer des communications à l’Académie et qu’il en ait lui-
même confié les textes au fur et à mesure à Jamin qui, à cinquante ans,
venait enfin d’obtenir un fauteuil, peut-être parce que son poste de professeur à la Sorbonne lui donnait quelque influence sur le déroulement
des carrières de ses cadets.

Il faut noter aussi que les textes des communications de
Gramme ont été réécrits par une main étrangère. Leur style et leur
contenu sont tout à fait dans la tradition de ces textes académiques. Ils
font un contraste frappant avec le style des brevets, même ceux qui
seront déposés plus tardivement. Ces brevets sont difficiles à lire et à
comprendre parce qu’ils restent confus. Certes, ils ont tous été réécrits
par un ami dévoué, ou bien par un employé des cabinets de brevets ; mais
ceux-ci ne pouvaient y mettre que ce que Gramme leur dictait et il était
plus à l’aise dans la description des bâtis et de la place des boulons que
dans celle des agencements magnétiques et électriques proprement
dits. Les descriptions des collecteurs et des commutateurs sont particulièrement confuses.

Gramme a donc été plus qu’aidé pour la rédaction de ses notes
à l’Académie. Le calme était à peine revenu dans Paris, et à quel prix,
les dernières fusillades de la Commune sont du 28 mai 1871, que dès
le 17 juillet Jamin présentait la première note de Gramme. Après des
généralités fort banales sur les effets du déplacement du solénoïde dans
un champ magnétique, Gramme décrit sa magnéto dont l’induit est
l’anneau qui semble perfectionné par rapport à celui de 1870, et l’inducteur un aimant Jamin naturellement. Il termine par la description de sa
dynamo mais comme par incidence : Enfin il est possible de substituer,
aux aimants excitateurs, des électroaimants
... C’est un prototype de la
dynamo à quatre pôles qui deviendra le premier générateur industriel. Il
n’est plus question d’excitation préalable. Le magnétisme rémanent est
seul mis en œuvre. Elle peut être actionnée à bras d’homme, mais aussi
par une machine à vapeur. Ses principaux effets sont la décomposition
de l’eau et l’échauffement au rouge d’un fil de fer. En un mot, on peut obtenir au moyen de cette machine, tout ce qu’on obtient avec la pile. Même à
ce stade l’obsession du courant continu est encore présente.

[1 Communication présentée le 5 décembre 1980 au Colloque Histoire des Sciences dans
l’Ancien Pays de Liège, Hommage à Marcel Florkin
, organisé au château de Colonster par
MM. Pierre Laszlo et Robert Halleux de l’Université de Liège.

[2 Toute collaboration sous la forme de recherches d’anciennes machines et de documents
s’y rapportant sera la mieux venue. S’adresser au Centre d’Histoire et de Technologie rurales, 77, rue de la Gare, 6390 Treignes, Tél. 060/399624.



















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