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RECENSIONES

Louis D’OR & Anne-Marie WIRTZ-CORDIER (1981)
Ernest Solvay.
Mémoires de la Classe des Sciences, XLIV, 2,
Académie Royale de Belgique, Bruxelles, 98 p., XXI planches.

Les biographies d’Ernest Solvay sont nombreuses, cette multiplicité
est d’ailleurs certainement justifiée, et voici encore un ouvrage consacré à la glorification du grand chimiste belge. Les biographies, en effet, dès qu’elles dépassent un tant soit peu le cadre strict de l’énumération chronologique des faits, ne
peuvent que devenir prétextes soit à péroraisons moralisatrices, soit à discours
de glorification ou (beaucoup plus rarement) de dénigrement. Ceci est curieux
que les biographes choisissent plus volontiers des « grands hommes » que des
médiocres, alors que la médiocrité est la règle et qu’il serait plus « significatif »
(nous employons le terme dans son sens technique), pour la connaissance de
l’humanité, d’étudier Monsieur X et Madame Y plutôt que Léonard de Vinci
(Freud), Baudelaire (Sartre) ou Ernest Solvay. Justement, les travaux d’ordre
biographique de Freud sur Léonard et de Sartre sur Baudelaire, pour ne prendre
que ces exemples, nous éclairent finalement davantage sur les idées du psychanalyste et du philosophe que sur la personnalité du peintre-ingénieur et du
poète. Il s’agit dans ces deux cas - qui sont des cas extrêmes où le « biographiant » est peut-être aussi « grand » que le « biographié » - il s’agit dans ces
deux cas de biographies-prétextes : à propos d’un versificateur du siècle dernier,
Sartre nous pose une question : Si, au contraire des idées reçues, les hommes
n’avaient jamais que la vie qu’ils méritent ?
. On connaît la réponse, qui termine l’essai célèbre de 1947 : Le choix libre que l’homme fait de soi-même s’identifie absolument avec ce qu’on appelle sa destinée.

Quelle fut la destinée d’Ernest Solvay ? C’est ce que se proposent de
nous montrer deux auteurs, dont l’un (D’Or) avait déjà consacré une intéressante notice au chimiste dans le Florilège des sciences en Belgique (1968).
L’ouvrage que nous présentons est en somme une amplification de cette notice
visant à décrire non seulement l’homme et le chimiste, mais aussi l’industriel, le
sénateur, le mécène, le penseur. Car voilà la destinée de Solvay : découvrir les
propriétés du système NH3 + CO2 + H20 ; imaginer l’application de ces propriétés à la fabrication industrielle d’un produit stratégique (Na2C03) pour le développement de l’industrie chimique ; réussir l’exploitation du procédé ; créer un empire
industriel ; utiliser les moyens d’une fortune ainsi acquise pour jouer un rôle politique (sénateur de 1893 à 1900) et, comme on dirait aujourd’hui, : « culturel », en
organisant les Conseils Solvay de Physique (1911) et de Chimie (1922), en
aidant financièrement des Universités (dont surtout l’Université libre de Bruxelles) ; profiter, enfin, de ses loisirs pour étudier les problèmes éternels : la constitution de la matière, le mécanisme de la vie et l’évolution de l’individu et des
groupes sociaux. Il y a donc, dans le livre de D’Or et Wirtz-Cordier, plus qu’un
chapitre de l’histoire de la chimie industrielle. Il y a l’évocation d’un capitaine
d’industrie remarquable, un homme d’action, un scientifique, un chercheur, un sociologue dans les idées et dans les actes, un patriote vénéré, un de ces hommes qui ont
fait notre passé mais dont les œuvres sont vivantes dans notre présent
.

Sous une très belle jaquette bleue, cette évocation se présente sous
les formes d’un livre qui fait honneur à l’Imprimerie Duculot, nonobstant quelques
coquilles malencontreuses. Les illustrations sont intéressantes, même s’il nous
a paru que les photographies en quadrichromie d’installations industrielles
auraient pu être avantageusement remplacées par d’autres documents iconographiques plus utiles pour l’historien de la chimie. Les citations sont nombreuses. Le travail est une dette que tout citoyen doit à la société, par exemple, est une
maxime d’Alexandre Solvay, le père du chimiste, que celui-ci fit figurer en bonne
place dans les « Pensées et maximes » qu’il publia en 1900. Sur un tel soubassement moral, Ernest Solvay ne pouvait-il devenir que ce qu’il fut, un homme
clairvoyant, enthousiaste, généreux et disponible ? Sa clairvoyance, en tout cas,
était profonde. A toute époque de son développement, la civilisation s’est accrue en
raison du savoir
. Voilà pour la science. Ces hommes du statu quo qui puisent dans
leur somnolence, leur étroitesse de vue, leur égoïsme de favorisés ou leur peur du
nouveau, la force défensive qu’ils opposent aux revendications les plus justes
. Voilà
pour les privilégiés. Je me trouve devant des hommes naturellement pleins de bonnes dispositions mais néanmoins imprégnés des doctrines régnantes dont ils doivent,
préalablement, se débarrasser
. Voici pour la résistance au changement, qui ne
date pas d’aujourd’hui.

Il n’y a donc pas que l’historien de la chimie et le spécialiste des débuts
de la grande industrie qui trouveront profit à consulter ce livre : il est vraiment
heureux que les auteurs aient dépassé le cadre strict de l’énumération chronologique des faits.

J. C. Baudet

[1 Steekkar uit Grimbergen (Museum voor de Oudere Technieken, inv. nr V. 80.18).

[2 Karretje uit Meise. Gebouwd om een lichte elektrische motor te verplaatsen voor een
beerpomp, een koekenbreker, e.d. (Museum voor de Oudere Technieken inv. nr. B. 81.3).
Zo’n motor werd ook vaak op een draagberrie bevestigd. Zie b.v. het eksemplaar van het
Museum voor de Oudere Technieken (inv. nr. V. 81.11).

[3 Benoit, 1863 : 2.869 merkt op « un ouvrier peut sans fatigue travailler sa pleine journée
à des transports faits à l’aide de cet engin ».

[4 Malouin, 1767. Ook de benamingen van de steekkar wijzen op een jonge ouderdom. In
vele talen heeft men zeer laat een bestaande term, die een ander voertuig aanduidde,
overgenomen. Merkwaardig is dat het Franse woord « brouette » dat oorspronkelijk naar
twee wielen zou verwijzen, maar in feite voor de kruiwagen, met één wiel dus, gebruikt
werd, tot in de 19de eeuw de naam van de steekkar was, en dus opnieuw een voertuig
met twee wielen aanduidde.

[5 Het eksemplaar dat door dezelfde auteur getekend werd op p. 1090, heb ik niet gezien,
maar men mag zich afvragen of het hier wel om een steekkar gaat. Het zou ook een karretje kunnen zijn, dat, al wordt het vertikaal gehouden om er de zak gemakkelijk op te krijgen, horizontaal verreden werd.

[6 In de catalogus van H. & G. Rose is er sprake van een gewone steekkar met wielen van
gietijzer, en van een « brouette (= steekkar) silencieuse ..., roues en caoutchouc ». Laatstgenoemde hebben als voordeel « de ne pas écraser les grains, de ne pas abîmer les parquets et de ne pas faire de bruit ».

[7 De oudste sporen van het bestaan van de snijpasser b.v. dateerden van de 18de eeuw.
Dankzij één miniatuur werd bewezen dat het werktuig reeds in de 16de eeuw bekend was.
(David 1980).

[8 A cette époque, la plupart des chercheurs de renom dans le domaine de la photographie
étaient principalement orientés vers les problèmes que posait la reproduction de l’image
par des procédés photomécaniques, comme l’héliogravure, la photolithographie et la
phototypie. Il est donc assez étonnant de constater le manque d’intérêt de Van Monckhoven à cet égard. Pour la 7e édition de son « Traité », il alla jusqu’à solliciter la collaboration du français Léon Vidal pour la rédaction de ce chapitre particulier.

[9 Ce prix fut porté plus tard à 3.000 francs, selon le catalogue publié à Gand en juin 1880.

[10 Selon toute vraisemblance, l’épouse de Van Monckhoven avait un lien de parenté avec
D. Tackels, également fabricant de plaques et papiers photographiques, établi à Gand. Il
est toutefois certain qu’après le décès de Van Monckhoven, son épouse continua avec
succès la gestion de la firme (Roosens, 1974).

[11 Il pourrait s’agir d’un second mariage, car certains indices nous font croire à l’existence
de deux enfants, un fils et une fille, lorsque Van Monckhoven était établi à Vienne

[12 Dans son catalogue, en date de juin 1880, la maison Van Monckhoven proposait aux photographes son émulsion sèche en paquets de 100 grammes au prix de 32 Frs. et également des plaques sèches prêtes à l’emploi à des prix variant de 4 à 60 Frs. la douzaine,
selon dimensions.



















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