4(3)

Enfin, A. Montigny étudie Espace pastoral, espace rural au Qatar. Il s’agit de décrire l’habitat rural, ce qui entraîne à tenter de discerner ce qui, de l’activité économique (élevage nomade) ou de l’habitation, détermine primordialement l’organisation de l’espace disponible. A l’image peut-être de ce qu’il décrit (on ne peut constater un déterminisme particulier quant à l’agencement des maisons entre elles), l’auteur présente ses résultats sans ordre, laissant au lecteur le soin d’organiser la masse abondante de données présentées.

Quatre études inégales donc, mais dont l’ensemble forme un volume tout à fait intéressant.

J.C. Baudet

Bertrand GILLE (1980)
Les mécaniciens grecs. La naissance de la technologie.
Edit. du Seuil, Paris, 230 p, ill.

Selon que l’on est porté aux généralisations ou aux investigations spécialisées, on lira ce volume en en retenant le sous-titre ou le titre. La naissance de la technologie, c’est le sujet de cet ouvrage pour ceux qui veulent comprendre un aspect, bien délaissé par l’érudition classique (aux deux sens du terme) du « miracle grec ». S’il est en effet assez extraordinaire que la spéculation philosophique, l’idéal scientifique, le souci d’organisation politique, l’histoire enfin, sans oublier les manifestations d’une recherche esthétique qui ne se reproduira plus guère pendant deux millénaires d’histoire humaine, s’il est assez miraculeux que toutes ces productions des hémisphères cérébraux de l’homme aient atteint, justement en Grèce, un niveau sans pareil, ce l’est tout autant que dans le domaine plus terre à terre des réalisations pratiques on soit devant des réussites exemplaires. Si la philosophie, la science, la politique, l’histoire, etc., sont nées en Grèce, petit pays aimé des dieux, il en va de même de la technologie ! C’est ce que Gille démontre, beaucoup mieux nous semble-t-il que dans l’important chapitre qu’il consacrait au « système technique des Grecs » dans son beau volume de la Pléiade (1978).

Les mécaniciens grecs, titre principal, et en somme second sujet de ce livre ... Pour démontrer que les Grecs ont créé une véritable technologie (c’est-à-dire une pensée technique, et non une simple collection de recettes plus ou moins efficaces, comme en avaient tous les peuples de l’Antiquité), Gille s’est limité au domaine technique particulier des machines et des mécanismes. Le choix est heureux, et c’est l’occasion pour le lecteur de resituer les grands noms de la technologie hellénique. Plus question ici d’interprétation de l’histoire, mais présentation (je crois fort complète) de ce que nous connaissons des mécaniciens de l’Antiquité grecque. L’origine militaire de la profession est rappelée, ainsi que ce fait bien connu que les « ingénieurs » de Philippe de Macédoine et d’Alexandre ont amélioré sensiblement les machines de guerre dont disposaient les armées de ce temps. Un tableau fort intéressant résume les filiations des traités spécialisés (on peut dire, en schématisant beaucoup, que la technique devient technologie quand elle peut s’écrire, le technicien devenant homme de pensée quand il conquiert la capacité de l’exposition verbale de son savoir-faire, qui devient ainsi faire-savoir). On y passe d’Enée à Vitruve par Ctésibios, Archimède, Athénée, etc.

Gille avait déjà composé un ouvrage très remarquable sur les ingénieurs de la Renaissance, dans lequel il essayait, notamment, de remettre Léonard de Vinci à sa place. Sans nier l’importance du peintre-inventeur de machines, il montrait qu’il ne s’agissait pas d’un cas isolé, qu’il avait des précurseurs, bref que l’idée d’un génie extraordinaire (répandue par un enseignement simplificateur peut-être à la recherche du sensationnel), était une idée simpliste.

L’auteur recommence ici, en replaçant Archimède, cette fois, dans une juste perspective. Ce fut un grand mécanicien, mais il y en eut d’autres, éclipsés par la tradition qui aime les choses simples, si faciles à retenir.

Le huitième chapitre nous a paru tout à fait intéressant. Intitulé « Le blocage », il analyse cette idée, qui a la vie dure, d’une corrélation fortement positive entre organisation sociale basée sur l’esclavage et faiblesse du système technique. Plus exactement, il étudie : les relations qui ne manquent pas d’ambiguïté, encore qu’elles apparaissent indéniablement solidaires (entre) : mépris du travail manuel et de l’activité technique, influence de l’organisation sociale et de l’esclavage, refus du progrès technique . Reprenant la remarque d’Ellul : il convient d’écarter définitivement de nos manuels ... ce vieux poncif de l’histoire de l’Antiquité (que le blocage des techniques est dû à l’existence de l’esclavage), Gille conclut : Les techniques grecques n’ont pas été bloquées, au sens où les historiens modernes l’ont dit. Il est infiniment plus juste de dire que le progrès technique s’est arrêté à un certain stade ... Il trouve, je crois à juste titre, qu’il faut chercher la cause de cet arrêt, principalement, dans un manque de connaissances scientifiques, qui empêcha l’amélioration des dispositifs dont le principe était découvert, mais dont le développement exigeait des matériaux ou des méthodes de calcul non disponibles.

J. C. Baudet



















info visites 180286

     COCOF
                      Avec le soutien de la Commission
                           communautaire française